En 1996, la France et le monde apprenait avec stupeur l'enlèvement de sept moines en Algérie, dont le supérieur Christian de Chergé. Tibhirine, petit village au sud d'Alger devenait ainsi célèbre. A l'époque, le cardinal Lustiger avait allumé, sept lampes dans Notre Dame de Paris comme signe d'espérance pour ces religieux ayant offert leur vie à Dieu. En avril, les têtes des moines étaient restitués et les funérailles célébrées à Alger dans une grande émotion. Quelques mois plus tard, lors de son voyage en France, Jean Paul II rendait hommage à ces moines à Saint Laurent sur Sèvre.

Beaucoup auraient oublié s'il n'y avait eu ce film "Des hommes et des dieux" primé à Cannes. Depuis quelques jours, tous les média français saluent ce chef d'oeuvre.

Hier, à Paris, une séance spéciale nous a permis de "voir" ce film. J'y étais avec 20 autres évêques, dont notre évêque brésilien en résidence dans le Val d'Oise, Mgr Pinheiro. La réception avant le film permet de multiples rencontres, dont celles de musulmans de Pontoise et celle avec Michael Lonsdale - un ami de longue date- qui interpréte admirablement le frère Luc, médecin qui soignait la population locale.

Puis, dans la salle bourrée des 200 invités, nous entendons un double témoignage, un musulman et un catholique. Azzedine Gaci, responsable du CRCM (conseil régional des musulmans) de Lyon et le cardinal Barbarin explique le voyage-pélerinage qu'ils firent ensemble à Tibhirine en février 2007. Témoignage bouleversant de l'amitié entre croyants.

Le film peut alors être projeté dans une ambiance exceptionnelle. Tous, nous sommes comme saisis par la beauté des images, la force de la prière, les échanges entre les moines et les Algériens confrontés à la violence en ces années 90. Certaines scènes sont bouleversantes, comme le dernier "chapitre" au cours duquel les moines décident en leur âme et conscience de rester. L'ultime Eucharistie, l'arrivée des ravisseurs et la dernière image, comme une montée vers le Calvaire. Disciples du Christ, mais en même temps, frères universels.

Je vais très rarement au Cinéma, comme lu plupart de mes frères évêques. Mais depuis le prix donné à Cannes en mai dernier, je me promettais bien d'aller voir ce superbe film. Par certains côtés, il m'a rappelé "Le Grand Silence" sur les Chartreux ou encore "Thérèse" de Cavalier il y a déjà 25 ans.

Amis qui lisez ce papier, allez absolument voir ce film! C'est une superbe méditation sur la vie avec d'autres et comme une prière continue avec les trappistes!