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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 16:56

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InFavourWithGodbySimonDewey

 

« Amour et vérité sont les deux noms de la même réalité, deux noms de Dieu », explique Benoît XVI qui a commenté, avant l’angélus de midi, ce dimanche 3 février, la place Saint-Pierre, l’évangile du jour : Jésus à Nazareth.

Il invite les catholiques à suivre le chemin de foi de Marie.

Le pape a lui-même résumé son message par un « tweet » qui insiste sur le chemin de foi de Marie et du baptisé : « En imitant la Vierge Marie, accueillons et gardons dans notre cœur la Parole de Jésus pour le reconnaître comme Seigneur dans notre vie. » Le pape plante le décor :

 

« L’évangile d’aujourd’hui – tiré du chapitre 4 de saint Luc – est dans le prolongement de celui de dimanche dernier. Nous nous trouvons encore dans la synagogue de Nazareth, le village où Jésus a grandi et où tous les connaissent lui et sa famille.

Or, après une période d’absence, il revient de façon nouvelle : au cours de la liturgie du sabbat, il lit une prophétie d’Isaïe sur le Messie, et il en annonce l’accomplissement, laissant entendre que cette parole se réfère à Lui ». Puis il montre le revirement de l’assemblée qui jette Jésus dehors et cherche à le tuer. Le pape souligne ce changement : « Au commencement, les gens l’admiraient, et il aurait peut-être pu obtenir une certaine approbation… Mais justement, voilà le point : Jésus n’est pas venu pour chercher l’approbation des hommes mais, comme il le dira à la fin à Pilate, pour « rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). » Et d’affirmer ce qui caractérise le prophète authentique : « Le vrai prophète n’obéit à personne d’autre qu’à Dieu et il se met au service de la vérité, prêt à payer de sa personne. Il est vrai que Jésus est le prophète de l’amour, mais aussi l’amour a sa vérité. Et même, amour et vérité sont les deux noms de la même réalité, deux noms de Dieu ». Il invite les baptisés à imiter la foi de Marie : « Qui plus qu’elle a été familier de l’humanité de Jésus ? Mais elle n’en a jamais été scandalisée comme ses concitoyens de Nazareth. Elle conservait le mystère en son cœur et elle a su l’accueillir toujours davantage et toujours à nouveau, sur le chemin de la foi, jusqu’à la nuit de la croix et à la pleine lumière de la résurrection. Que Marie nous aide nous aussi à marcher avec fidélité et avec joie sur ce chemin ». ( 3 février 2013)  

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 21:13

 

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Catéchèse de Benoît XVI sur le Credo, 30.01.2013

Benoît XVI ROME, Wednesday 30 January 2013 (Zenit.org).

Qu’est-ce que la Toute-puissance de Dieu?

Benoît XVI répond dans sa catéchèse sur la foi dans le Père tout-puissant, ce mercredi 30 janvier 2013.

Sa « toute-puissance ne s’exprime pas dans la violence, souligne le pape, dans la destruction de tout pouvoir adverse, comme nous le désirerions, mais elle s’exprime dans l’amour, dans la miséricorde, dans le pardon, dans l’acceptation de notre liberté et dans une invitation inlassable à la conversion du cœur, dans une attitude faible en apparence – Dieu semble faible, si nous pensons à Jésus-Christ qui prie, qui se fait tuer ». Et d’expliquer : « C’est une attitude en apparence faible, faite de patience, de douceur et d’amour, qui montre que c’est cela la vrai manière d’être puissant. C’est cela la puissance de Dieu ! Et cette puissante vaincra ! »

Le pape fait observer qu’il « n’est pas toujours facile aujourd’hui de parler de paternité », et il indique pourquoi.

Catéchèse de Benoît XVI en italien

 

« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant »

 

Chers frères et sœurs,

 

Dans la catéchèse de mercredi dernier, nous nous sommes arrêtés sur les paroles initiales du Credo : « Je crois en Dieu ». Mais la profession de foi précise cette affirmation : Dieu est le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

Je voudrais donc réfléchir maintenant avec vous sur la première définition de Dieu que nous présente le Credo et qui est fondamentale : Dieu est Père.

 

Il n’est pas toujours facile aujourd’hui de parler de paternité. Surtout dans le monde occidental, les familles décomposées, les obligations professionnelles toujours plus prenantes, les préoccupations et souvent la difficulté à équilibrer le budget familial, la présence envahissante des mass media dans la vie quotidienne avec leurs distractions, font partie des nombreux facteurs qui peuvent empêcher un rapport serein et constructif entre les parents et les enfants. La communication se fait parfois difficile, la confiance s’affaiblit et le rapport avec la figure paternelle peut devenir problématique ; et il devient tout aussi problématique d’imaginer Dieu comme un père si l’on n’a pas de modèles de référence justes. Pour ceux qui ont fait l’expérience d’un père trop autoritaire ou inflexible, indifférent ou peu affectueux, ou carrément absent, il n’est pas facile de penser sereinement à Dieu comme à un père et de s’abandonner à lui dans la confiance.

 

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Mais la révélation biblique aide à dépasser cette difficulté en nous parlant d’un Dieu qui nous montre ce que signifie vraiment être « père » ; et c’est surtout l’Evangile qui nous révèle ce visage de Dieu comme Père qui aime jusqu'à donner son propre Fils pour le salut de l’humanité. La référence à la figure paternelle aide donc à comprendre quelque chose de l’amour de Dieu qui demeure cependant infiniment plus grand, plus fidèle, plus total que celui de n’importe quel homme. « Quel est d'entre vous l'homme, dit Jésus pour montrer aux disciples le visage du Père, auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre ? Ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient ! » (Mt 7, 9-11 ; cf. Lc 11, 11-13). Dieu est notre Père parce qu’il nous a bénis et choisis avant la création du monde (cf. Ep 1, 3-6), et il a fait réellement de nous des fils en Jésus (cf. 1 Jn 3,1). Et, comme Père, Dieu accompagne notre existence avec amour, en nous donnant sa Parole, son enseignement, sa grâce et son Esprit.

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Comme le révèle Jésus, il est le Père qui nourrit les oiseaux du ciel sans qu’ils aient à semer et à moissonner, qui revêt de couleurs merveilleuses les fleurs des champs, avec des vêtements plus beaux que ceux du roi Salomon (cf. Mt 6, 26-32 ; Lc 12, 24-28) ; et nous, ajoute Jésus, nous valons bien plus que les fleurs et les oiseaux du ciel ! Et s’il est bon au point de faire « lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 45), nous pourrons toujours, sans crainte et avec une confiance totale, nous en remettre à son pardon paternel lorsque nous faisons fausse route. Dieu est un Père bon qui accueille et embrasse le fils perdu qui s’est repenti (cf. Lc 15, 11suiv.), qui donne gratuitement à ceux qui demandent (cf. Mt 18,19 ; Mc 11-24 ; Jn 16,23) et qui offre le pain du ciel et l’eau vive qui font vivre pour l’éternité (cf. Jn 6,32;51;58).

 

C’est pourquoi l’auteur du psaume 27, encerclé par ses ennemis, assailli par des hommes malveillants et calomniateurs, tout en cherchant dans la prière l’aide du Seigneur et en l’invoquant, peut donner un témoignage plein de foi en affirmant : « Si mon père et ma mère m'abandonnent, le Seigneur m'accueillera » (v.10). Dieu est un Père qui n’abandonne jamais ses enfants, un père plein d’amour qui soutient, aide, accueille, pardonne, sauve, avec une fidélité qui surpasse immensément celle des hommes, pour s’ouvrir à une dimension d’éternité. « Car éternel est son amour », répète à chaque verset le psaume 136, comme une litanie, en parcourant à nouveau l’histoire du salut. L’amour de Dieu notre Père ne diminue jamais, ne se lasse pas de nous : c’est un amour qui se donne jusqu’au bout, jusqu’au sacrifice de son fils. La foi nous donne cette certitude qui devient un rocher sûr sur lequel construire notre vie : nous pouvons affronter tous les moments de difficulté et de danger, faire l’expérience de l’obscurité des périodes de crise et du temps de la douleur, soutenus par la confiance en Dieu qui ne nous laisse pas seuls et qui est toujours proche, pour nous sauver et nous conduire à la vie éternelle.

 

C’est dans l’amour du Seigneur Jésus que se montre en plénitude le visage bienveillant du Père qui est dans les cieux. C’est en le connaissant, lui, que nous pouvons connaître aussi le Père (cf. Jn 8,19;14,7), c’est en le voyant que nous pouvons voir le Père, parce qu’il est dans le Père et que le Père est en lui (cf. Jn 14,19-11). Il est « l’image du Dieu invisible », comme le définit l’hymne de la Lettre aux Colossiens, « Premier-né de toute créature… Premier-né d'entre les morts », « en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » et la réconciliation de toutes choses, de « tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (cf. Col 1,13-20).

 

La foi en Dieu Père demande de croire dans le Fils, sous l’action de l’Esprit, en reconnaissant dans la Croix qui sauve le dévoilement définitif de l’amour divin. Dieu est notre Père en nous donnant son Fils : Dieu est notre Père en nous pardonnant notre péché et en nous amenant à la joie de la vie par la résurrection ; Dieu est notre Père en nous donnant l’Esprit qui fait de nous ses enfants et nous permet de l’appeler « Abbà, Père » (cf. Rm 8,15). C’est pourquoi Jésus, nous enseignant à prier, nous invite à dire « Notre Père » (Mt 6,9-13 ; cf. Lc 11,2-4).

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La paternité de Dieu est alors l’amour infini, la tendresse qui se penche sur nous, ses enfants, qui sommes faibles et qui avons besoin de tout. Le psaume 103, le grand chant de la miséricorde divine, proclame : « Comme est la tendresse d’un père pour ses fils, tendre est le Seigneur pour qui le craint ; il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que poussière nous sommes » (vv.13-14). C’est précisément notre petitesse, notre nature humaine faible, notre fragilité qui devient un appel à la miséricorde du Seigneur pour qu’il manifeste sa grandeur et sa tendresse de Père en nous aidant, en nous pardonnant et en nous sauvant.

 

Et Dieu répond à notre appel, en envoyant son Fils, qui meurt et ressuscite pour nous ; il entre dans notre fragilité et fait ce que l’homme, seul, n’aurait jamais pu faire : il prend sur lui le péché du monde, lui, l’agneau innocent, et nous ouvre à nouveau le chemin vers la communion avec Dieu, il fait de nous les vrais fils de Dieu. C’est là, dans le mystère pascal, que se révèle dans toute sa lumière le visage définitif de Dieu. Et c’est là, sur la croix glorieuse, qu’advient la pleine manifestation de la grandeur de Dieu comme « Père tout-puissant ».

 

Mais nous pourrions nous demander : comment est-il possible de penser à un Dieu tout-puissant en regardant la croix du Christ, ce pouvoir du mal qui en arrive à tuer le Fils de Dieu ? Nous aimerions certainement une toute-puissance divine selon nos schémas mentaux et selon nos désirs : un Dieu « tout-puissant » qui résolve les problèmes, qui intervienne pour nous éviter les difficultés, qui soit vainqueur des puissances adverses, qui change le cours des événements et supprime la douleur. C’est ainsi qu’aujourd’hui certains théologiens disent que Dieu ne peut pas être tout-puissant sinon il ne pourrait y avoir tant de souffrance, tant de mal dans le monde. En réalité, devant le mal et la souffrance, pour beaucoup, pour nous, il devient problématique, difficile de croire en un Dieu Père et de le croire tout-puissant ; certains cherchent refuge dans les idoles, en cédant à la tentation de trouver une réponse dans une toute-puissance supposée « magique » et dans ses promesses illusoires.

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Mais la foi en Dieu tout-puissant nous pousse à parcourir des sentiers bien différents : apprendre à connaître que la pensée de Dieu est différente de la nôtre, que les voies de Dieu sont différentes des nôtres (cf. Is 55,8) et aussi que sa toute-puissante est différente : elle ne s’exprime pas comme une force automatique et arbitraire, mais elle est marquée par une liberté amoureuse et paternelle. En réalité, Dieu, en créant des créatures libres, en donnant la liberté, a renoncé à une partie de son pouvoir, nous laissant le pouvoir de notre liberté. C’est ainsi qu’il aime et qu’il respecte notre liberté de répondre par amour à son appel. Comme Père, Dieu désire que nous devenions ses enfants et que nous vivions comme tels en son Fils, en communion, dans une totale familiarité avec lui. Sa toute-puissance ne s’exprime pas dans la violence, dans la destruction de tout pouvoir adverse, comme nous le désirerions, mais elle s’exprime dans l’amour, dans la miséricorde, dans le pardon, dans l’acceptation de notre liberté et dans une invitation inlassable à la conversion du cœur, dans une attitude faible en apparence – Dieu semble faible, si nous pensons à Jésus-Christ qui prie, qui se fait tuer. C’est une attitude en apparence faible, faite de patience, de douceur et d’amour, qui montre que c’est cela la vrai manière d’être puissant. C’est cela la puissance de Dieu ! Et cette puissante vaincra ! Le sage du Livre de la Sagesse s’adresse à Dieu ainsi : « Mais tu as pitié de tous, parce que tu peux tout, tu fermes les yeux sur les péchés des hommes, pour qu'ils se repentent.Tu aimes en effet tout ce qui existe… Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie ! » (11,23-24a et 26).

 

Seul celui qui est vraiment puissant peut supporter le mal et se montrer compatissant ; seul celui qui est vraiment puissant peut exercer pleinement la force de l’amour. Et Dieu, à qui appartiennent toutes les choses parce que tout a été fait par lui, révèle sa force en aimant toute chose et toute personne, attendant patiemment la conversion des hommes, dont il veut faire ses enfants. Dieu attend notre conversion. L’amour tout-puissant de Dieu ne connaît pas de limites, au point qu’il « n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous » (Rm 8,32). La toute-puissance de l’amour n’est pas celle du pouvoir du monde, mais celle du don total et Jésus, le Fils de Dieu, révèle au monde la véritable toute-puissance du Père en donnant sa vie pour nous, pécheurs. Voilà la véritable, l’authentique et parfaite puissance divine : répondre au mal, non pas par le mal mais par le bien, aux insultes par le pardon, à la haine homicide par l’amour qui fait vivre. Alors le mal est vraiment vaincu, parce que lavé par l’amour de Dieu ; alors la mort est définitivement anéantie parce qu’elle est transformée en don de la vie. Dieu le Père ressuscite son Fils : la mort, la grande ennemie (cf. 1 Co 15,26), est engloutie et privée de son venin (cf. 1 Co 15,54-55) et nous, libérés du péché, nous pouvons accéder à notre réalité d’enfants de Dieu.

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Lorsque nous disons « Je crois en Dieu tout-puissant », nous exprimons notre foi dans la puissance de l’amour de Dieu qui, en son fils mort et ressuscité, est vainqueur de la haine, du mal, du péché et nous ouvre à la vie éternelle, celle des enfants qui désirent être pour toujours dans la « Maison du Père ». Dire « Je crois en Dieu le Père tout-puissant », dans sa puissance, dans sa manière d’être Père, est toujours un acte de foi, de conversion, de transformation de notre manière de penser, de toutes nos affections, de tout notre mode de vie.

 

Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur de soutenir notre foi, de nous aider à trouver vraiment la foi, de nous donner la force d’annoncer le Christ crucifié et ressuscité et d’en témoigner par notre amour de Dieu et de notre prochain. Et que Dieu nous accorde d’accueillir le don de notre filiation, pour vivre en plénitude les réalités du Credo, dans un abandon confiant à l’amour du Père et à sa miséricordieuse toute-puissance qui est la véritable toute-puissance et qui nous sauve.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 15:21

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Pour Benoit XVI, une conséquence de la foi du baptême

Benoît XVI ROME, Wednesday 23 January 2013 (Zenit.org).     

   

« Dire « Je crois en Dieu » signifie fonder sur lui ma vie, laisser sa Parole l’orienter chaque jour, dans les choix concrets, sans avoir peur de perdre quelque chose de moi »,

explique Benoît XVI dans cette première catéchèse sur le Credo.  

Le baptême appelle les baptisés à l'anticonformisme! Le pape a en effet tenu l’audience générale du mercredi, ce 23 janvier 2013, en la salle Paul VI du Vatican en présence de milliers de visiteurs.

 

Catéchèse de Benoît XVI en italien :

 

Chers frères et sœurs,

 

En cette Année de la foi, je voudrais aujourd’hui commencer à réfléchir avec vous sur le Credo, c’est-à-dire sur la profession solennelle de la foi qui accompagne notre vie de croyants.

Le Credo commence par ces mots : « Je crois en Dieu ». C’est une affirmation fondamentale, apparemment simple dans son caractère essentiel, mais qui ouvre au monde infini de la relation avec le Seigneur et avec son mystère. Croire en Dieu implique une adhésion à lui, l’accueil de sa Parole et une obéissance joyeuse à sa révélation.  

Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise catholique, « La foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle » (n.166). Pouvoir dire que l’on croit en Dieu est donc à la fois un don (– Dieu se révèle, il vient à notre rencontre –) et un engagement, une grâce divine et une responsabilité humaine, dans une expérience de dialogue avec Dieu qui, par amour, « parle aux hommes comme à des amis » (Dei Verbum 2), nous parle à nous, afin que, dans la foi et avec foi, nous puissions entrer en communion avec lui.

Où pouvons-nous écouter Dieu et sa parole ?

L’Ecriture sainte est fondamentale ; la Parole de Dieu se rend audible pour nous et alimente notre vie d’« amis » de Dieu. Toute la Bible raconte comment Dieu s’est révélé à l’humanité ; toute la Bible parle de foi et nous enseigne la foi en racontant une histoire dans laquelle Dieu fait avancer son projet de rédemption et se fait proche de nous, les hommes, à travers les nombreuses figures de personnes, lumineuses, qui croient en lui et se confient en lui, jusqu’à la plénitude de la révélation dans le Seigneur Jésus.      

A ce sujet, le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux (que nous venons d’entendre) est très belle : elle nous parle de la foi et met en lumière les grandes figures bibliques qui l’ont vécue, devenant ainsi des modèles pour tous les croyants. Voici ce que dit le texte au premier verset : « Or la foi est la garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas » (11,1). Les yeux de la foi sont donc capables de voir l’invisible et le cœur du croyant peut espérer contre toute espérance, précisément comme Abraham dont Paul dit dans la Lettre aux Romains qu’ « espérant contre toute espérance, il crut » (4, 18).

Et c’est justement sur Abraham que je voudrais que nous nous arrêtions et portions notre attention, parce que c’est lui la grande figure de référence pour parler de la foi en Dieu : Abraham, le grand patriarche, modèle exemplaire, père de tous les croyants (cf. Rm 4, 11-12). La lettre aux Hébreux le présente ainsi : « Par la foi, Abraham obéit à l'appel de partir vers un pays qu'il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait. Par la foi, il vint séjourner dans la Terre promise comme en un pays étranger, y vivant sous des tentes, ainsi qu'Isaac et Jacob, héritiers avec lui de la même promesse. C'est qu'il attendait la ville pourvue de fondations dont Dieu est l'architecte et le constructeur » (11, 8-10).  

L’auteur de la Lettre aux Hébreux fait ici référence à l’appel d’Abraham, raconté dans le Livre de la Genèse, le premier livre de la Bible. Que demande Dieu à ce grand patriarche ? Il lui demande de partir en abandonnant sa terre pour aller vers un pays qu’il lui montrera : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t'indiquerai » (Gn 12,1). Et nous, comment aurions-nous répondu à une telle invitation ? Il s’agit, en effet, d’un départ dans l’obscurité, sans savoir où Dieu le conduira ; c’est un chemin qui demande une obéissance et une confiance radicales, auxquelles seule la foi fait accéder. Mais l’obscurité de l’inconnu (– là où Abraham doit aller –) est éclaircie par la lumière d’une promesse ; Dieu ajoute à son commandement une parole rassurante qui ouvre devant Abraham le futur d’une plénitude de vie : « Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom… Par toi se béniront tous les clans de la terre » (Gn 12,2-3).  

 

La bénédiction, dans l’Ecriture sainte, est liée principalement au don de la vie qui vient de Dieu, et se manifeste avant tout dans la fécondité, dans une vie qui se multiplie, passant de génération en génération. Et à la bénédiction est liée aussi l’expérience de posséder une terre, un lieu stable sur lequel vivre et croître dans la liberté et la sécurité, en craignant Dieu et en construisant une société d’hommes fidèles à l’Alliance, « un royaume de prêtres, une nation sainte » (cf. Ex 19,6).

C’est pourquoi Abraham, dans le projet divin, est destiné à devenir « père d’une multitude de peuples » (Gn 17,5 ; cf. Rm 4,17-18) et à entrer dans une nouvelle terre pour y habiter. Et pourtant Sarah, sa femme, est stérile et ne peut avoir d’enfants ; et le pays vers lequel Dieu le mène est loin de sa terre d’origine, déjà habité par d’autres peuples et il ne lui appartiendra jamais vraiment. Le narrateur de la Bible le souligne, mais avec une grande discrétion : quand Abraham arriva dans le lieu de la promesse de Dieu, « les Cananéens étaient alors dans le pays » (Gn 12,6).  

La terre que Dieu donne à Abraham ne lui appartient pas, il est un étranger et le restera toujours, avec tout ce que cela comporte : ne pas avoir de projet de propriété, être toujours conscient de sa propre pauvreté, tout accueillir comme un don. Cette condition spirituelle est aussi celle de celui qui accepte de suivre le Christ, de celui qui décide de partir en accueillant sa vocation sous le signe de son invisible, mais puissante bénédiction. Et Abraham, « père des croyants », accepte cet appel, dans la foi. Saint Paul écrit dans la Lettre aux Romains : « Espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi père d'une multitude de peuples, selon qu'il fut dit : Telle sera ta descendance.C'est d'une foi sans défaillance qu'il considéra son corps déjà mort - il avait quelque cent ans - et le sein de Sara, mort également ; appuyé sur la promesse de Dieu, sans hésitation ni incrédulité, mais avec une foi puissante, il rendit gloire à Dieu, certain que tout ce que Dieu a promis, il est assez puissant ensuite pour l'accomplir » (Rm 4,18-21).

 

La foi amène Abraham à parcourir un chemin paradoxal. Il sera béni mais sans les signes visibles de la bénédiction : il reçoit la promesse de devenir un grand peuple, mais avec une vie marquée par la stérilité de sa femme, Sarah ; il est conduit dans une nouvelle patrie mais il devra y vivre toujours comme un étranger ; et l’unique terre qu’il lui sera permis de posséder sera un morceau de terrain pour ensevelir Sarah (cf. Gn 23,1-20). Abraham est béni parce que, dans la foi, il sait discerner la bénédiction divine en allant au-delà des apparences, confiant dans la présence de Dieu même lorsque ses voies lui semblent mystérieuses.

 

Qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Quand nous affirmons « Je crois en Dieu », nous disons comme Abraham : « J’ai confiance en toi, je me remets à toi, Seigneur », mais non comme à quelqu’un à qui recourir uniquement dans les moments de difficultés, ou à qui consacrer un moment dans la journée ou dans la semaine. Dire « Je crois en Dieu » signifie fonder sur lui ma vie, laisser sa Parole l’orienter chaque jour, dans les choix concrets, sans avoir peur de perdre quelque chose de moi.

   

Quand, dans le rite du baptême, cette question est posée trois fois « Croyez-vous ? » en Dieu, en Jésus-Christ, en l’Esprit-Saint, en l’Eglise catholique et dans les autres vérités de la foi, la triple réponse est au singulier : « Je crois », parce que c’est mon existence personnelle qui doit assumer un tournant avec le don de la foi, c’est mon existence qui doit changer, se convertir. Chaque fois que nous participons à un baptême, nous devrions nous demander comment nous vivons, dans la vie quotidienne, le grand don de la foi.

Abraham, le croyant, nous enseigne la foi ; et, en tant qu’étranger sur la terre, il nous indique la véritable patrie. La foi fait de nous des pèlerins sur la terre, insérés dans le monde et dans l’histoire, mais en chemin vers la patrie céleste. Croire en Dieu fait donc de nous des porteurs de valeurs qui, souvent, ne coïncident pas avec les modes et les opinions en vogue ; cela nous demande d’adopter des critères et d’assumer des comportements qui n’appartiennent pas à la manière de penser générale.

 

Le chrétien ne doit pas avoir peur d’aller « à contre courant » pour vivre sa foi, en résistant à la tentation de « se conformer ». Dans beaucoup de nos sociétés, Dieu est devenu « le grand absent » et de nombreuses idoles ont pris sa place, la première étant le « je » autonome. Et même les progrès connus et positifs de la science et de la technique ont donné à l’homme une illusion de toute-puissance et d’autosuffisance, et un égocentrisme croissant a provoqué pas mal de déséquilibres au sein des rapports interpersonnels et des comportements sociaux.

 

 Et pourtant, la soif de Dieu (cf. Ps 63,2) ne s’est pas éteinte et le message évangélique continue de résonner à travers les paroles et les œuvres de beaucoup d’hommes et de femmes de foi. Abraham, le père des croyants, continue d’être le père de nombreux enfants qui acceptent de marcher dans ses pas et qui se mettent en route, dans l’obéissance à la volonté divine, confiants dans la présence bienveillante du Seigneur et accueillant sa bénédiction pour devenir eux-mêmes bénédiction pour tous. C’est le monde béni de la foi auquel nous sommes tous appelés, pour avancer sans peur à la suite du Seigneur Jésus Christ. Et parfois, c’est un chemin difficile, qui passe aussi par l’épreuve et par la mort, mais qui ouvre à la vie, dans une transformation radicale de la réalité que seuls les yeux de la foi sont capables de voir et de goûter en plénitude.

 

Affirmer « Je crois en Dieu » nous pousse, alors, à partir, à sortir continuellement de nous-mêmes, précisément comme Abraham, pour apporter dans la réalité quotidienne dans laquelle nous vivons la certitude qui nous vient de la foi : la certitude de la présence de Dieu dans l’histoire, aujourd’hui encore ; une présence qui donne vie et salut, et nous ouvre à un avenir avec lui par une plénitude de vie qui ne connaîtra plus jamais de couchant. Merci.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 16:28

 

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La « grande école de l'Eucharistie », pour connaître le Christ

Le pape enseigne à contempler le visage de Dieu Anita Bourdin

ROME, Wednesday 16 January 2013 (Zenit.org).

 

« L’Eucharistie est la grande école où nous apprenons à voir le visage de Dieu, où nous entrons dans une relation intime avec lui », explique Benoît XVI dans sa catéchèse de ce mercredi 16 janvier.

Le pape a en effet poursuivi ses catéchèses sur le thème de la foi, lors de l’audience générale, en la salle Paul VI du Vatican devant quelque 6 000 visiteurs du monde entier. L’un d’eux, le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a pu échanger quelques mots avec le pape à l’issue de la rencontre.

« L’Eucharistie est la grande école où nous apprenons à voir le visage de Dieu, et où nous entrons en relation avec lui, en ayant le regard tourné vers le moment où Dieu nous comblera de la lumière de son visage pour toujours », a dit le pape.

Il a ce faisant également expliqué la dynamique de l’élection d’Israël – un peuple « choisi par amour » - en montrant que la mission d’Israël tend à l’universel: « l’élection est toujours une élection pour l’autre ».

Le pape déplore « l'arrogance de l'homme qui veut se mettre à la place de Dieu » et malgré tout, a-t-il continué, « Dieu offre son amitié à l'humanité, surtout à un petit peuple, le peuple d'Israël, qu'il ne choisit pas avec des critères terrestres, mais simplement par amour ».

« Dieu en appelle certains non pas pour en exclure d'autres, mais pour qu'ils deviennent des ponts pour conduire les autres à lui », a-t-il précisé.

Le pape a repris les étapes de l’histoire du salut en disant : « Dieu se révèle dans l’Ancien Testament à travers l’histoire du peuple d’Israël. Ses promesses se réalisent pleinement dans l’Incarnation de son Fils ».

« Dans la grotte de Bethléem, il a manifesté son visage en Jésus. S’il est vrai que Dieu ne peut pas être réduit à un objet, à une simple image, il est aussi vrai qu’il a un visage : celui du Christ. Il nous parle, nous écoute et nous voit », a insisté le pape.

Le pape invite à découvrir le visage de Jésus pour comprendre qui ets Dieu : « En Jésus, a-t-il affirmé, le contenu de la Révélation et son Révélateur coïncident. Jésus nous fait connaître le nom de Dieu : il est celui qui est présent parmi les hommes. Jésus est la Parole abrégée et substantielle du Père, le Médiateur de la nouvelle et éternelle alliance. En lui, nous voyons et rencontrons le Père ; en lui, nous pouvons invoquer Dieu avec le nom de « Abbà, Père ». Si nous désirons voir le visage de Dieu, toute notre existence doit s’orienter vers la rencontre avec Jésus, vers l’amour pour lui et pour nos frères et sœurs ».

Aux francophones, le pape a adressé ce message : « Je salue cordialement les pèlerins francophones, particulièrement les élèves venus de Strasbourg ! Je vous invite à l’écoute assidue de la Parole de Dieu et à vivre pleinement du Mystère de l’Eucharistie, pour être familiers du visage de Jésus. Vous pourrez alors le reconnaître dans les personnes qui sont pauvres, faibles et souffrantes. Bon pèlerinage à tous ! »

 

 

Catéchèse de Benoît XVI en italien:

 

Chers frères et sœurs,

Le concile Vatican II, dans la Constitution dogmatique sur la Révélation divine, Dei Verbum, affirme que la vérité intime de toute la Révélation de Dieu resplendit pour nous « dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation » (n. 2). L’Ancien Testament nous raconte comment Dieu, après la création, malgré le péché originel et malgré l’arrogance de l’homme qui veut se mettre à la place de son Créateur, offre de nouveau la possibilité de son amitié, surtout à travers l’alliance avec Abraham et le cheminement d’un petit peuple, le peuple d’Israël, qu’il choisit non pas sur des critères de puissance terrestre, mais simplement par amour.

C’est un choix qui demeure un mystère et qui révèle le style de Dieu, qui en appelle quelques-uns non pour exclure les autres, mais pour qu’ils servent de pont qui mène à lui : l’élection est toujours une élection pour l’autre. Dans l’histoire du peuple d’Israël, nous pouvons re-parcourir les étapes d’un long chemin sur lequel Dieu se fait connaître, se révèle et entre dans l’histoire par des paroles et par des actes. Il se sert, pour cette œuvre, de médiateurs comme Moïse, les prophètes et les Juges qui communiquent au peuple sa volonté, rappellent l’exigence de fidélité à l’alliance et gardent éveillée l’attente de la réalisation pleine et définitive des promesses divines.

Et c’est précisément la réalisation de ces promesses que nous avons contemplée à Noël : la Révélation de Dieu atteint son sommet, sa plénitude. En Jésus de Nazareth, Dieu visite réellement son peuple, il visite l’humanité d’une manière qui dépasse toute attente : il envoie son Fils unique. Dieu lui-même se fait homme. Jésus ne nous dit pas quelque chose sur Dieu, il ne parle pas simplement du Père, mais il est révélation de Dieu, parce qu’il est Dieu et ainsi il nous révèle le visage de Dieu. Dans le Prologue de son évangile, saint Jean écrit : « Nul n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître » (Jn 1,18).

Je voudrais m’arrêter sur cette « révélation du visage de Dieu ». A cet égard, dans son évangile que nous venons d’entendre, saint Jean nous relate un fait significatif. Alors qu’il approchait de sa Passion, Jésus rassure ses disciples, les invitant à ne pas avoir peur et à avoir foi ; il instaure ensuite avec eux un dialogue dans lequel il parle de Dieu le Père (cf. Jn 14,2-9). A un moment, l’apôtre Philippe demande à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit » (Jn 14,8). Philippe est très pratique et concret, il dit ce que nous-mêmes, nous voulons dire : « nous voulons voir, montre-nous le Père », il demande de « voir » le Père, de voir son visage. La réponse de Jésus ne s’adresse pas seulement à Philippe, mais à nous aussi et elle nous introduit dans le cœur de la foi christologique ; le Seigneur affirme : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9). Cette expression résume de façon synthétique la nouveauté du Nouveau Testament, cette nouveauté qui est apparue dans la grotte de Bethléem : il est possible de voir Dieu, Dieu a manifesté son visage, il est visible en Jésus-Christ.

Le thème de la « recherche du visage de Dieu » est bien présent dans tout l’Ancien Testament, le désir de connaître ce visage, le désir de voir Dieu tel qu’il est, au point que le terme hébraïque panîm, qui signifie « visage », y apparaît bien 400 fois, dont 100 fois avec une référence à Dieu : on se réfère 100 fois à Dieu, on veut voir le visage de Dieu. Et pourtant la religion juive interdit complètement les images parce que Dieu ne peut pas être représenté – contrairement à ce que faisaient les peuples voisins avec l’adoration de leurs idoles – et donc, avec cette interdiction des images, l’Ancien Testament semble totalement exclure la dimension visible du culte et de la piété. Que signifie alors, pour un juif pieux, chercher le visage de Dieu, si l’on est conscient qu’il ne peut y avoir aucune image de lui ? Cette question est importante : d’un côté, on veut dire que Dieu ne peut pas être réduit à un objet, comme une image que l’on peut prendre dans sa main, mais que l’on ne peut rien mettre non plus à la place de Dieu ; de l’autre, en revanche, on affirme qu’il a un visage, c’est-à-dire qu’il est un « Tu » qui peut entrer en relation, qui n’est pas enfermé dans son ciel à regarder l’humanité d’en haut. Dieu est certainement au-dessus de toute chose, mais il s’adresse à nous, il nous écoute, nous voit, nous parle, fait alliance, et il est capable d’aimer. L’histoire du salut, l’histoire de Dieu avec l’humanité, est l’histoire de ce rapport de Dieu qui se révèle progressivement à l’homme et qui se fait connaître lui-même, qui fait connaître son visage.

Au tout début de cette année, le 1erjanvier, nous avons écouté, dans la liturgie, la très belle prière de bénédiction sur le peuple : « Que le Seigneur te bénisse et te garde! Que le Seigneur fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce ! Que le Seigneur te découvre sa face et t'apporte la paix ! » (Nb 6, 24-26). La splendeur du visage divin est la source de la vie, c’est ce qui permet de voir la réalité ; la lumière de son visage est le guide de notre vie. Dans l’Ancien Testament, il y a un personnage auquel est lié de manière toute spéciale le thème du « visage de Dieu » ; c’est Moïse, celui que Dieu choisit pour libérer le peuple de l’esclavage en Egypte, pour lui donner la Loi de l’alliance et le guider à la Terre promise. Et bien, au chapitre 33 du livre de l’Exode, on dit que Moïse avait une relation étroite et de confiance avec Dieu : « Le Seigneur parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami » (v. 11). Fort de cette confiance, Moïse demande à Dieu « Montre-moi ta gloire ! » et la réponse de Dieu est claire : « Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le nom du Seigneur… Mais, dit-il, tu ne peux pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre… Voici une place près de moi… tu verras mon dos ; mais ma face, on ne peut la voir » (v. 18-23). D’un côté, donc, il y a un dialogue face à face comme entre amis, mais de l’autre il y a l’impossibilité, en cette vie, de voir le visage de Dieu, qui demeure caché ; la vision est limitée. Les Pères disent que ces paroles « tu verras seulement mon dos » veulent dire : « tu peux seulement suivre le Christ et, en le suivant, tu vois de dos le mystère de Dieu ; on peut suivre Dieu, en voyant son dos.

Mais quelque chose de complètement nouveau advient avec l’Incarnation. La recherche du visage de Dieu prend un tour inimaginable parce que, maintenant, on peut voir ce visage : c’est celui de Jésus, du Fils de Dieu qui se fait homme. En lui, le chemin de la Révélation de Dieu, initié avec la vocation d’Abraham, trouve son achèvement ; Jésus est la plénitude de cette Révélation parce qu’il est le Fils de Dieu, à la fois « Médiateur et plénitude de toute la Révélation » (Const. dogm. Dei Verbum, 2). En lui coïncident le contenu de la Révélation et le Révélateur. Jésus nous montre le visage de Dieu et nous fait connaître le nom de Dieu. Dans la prière sacerdotale, lors du dernier repas, il dit au Père : « J'ai manifesté ton nom aux hommes… Je leur ai fait connaître ton nom » (Jn 17,6-26). L’expression « nom de Dieu » signifie Dieu en tant que celui qui est présent au milieu des hommes. Près du buisson ardent, Dieu avait révélé son nom à Moïse, on pouvait alors l’invoquer, il avait donné un signe concret de sa « présence » parmi les hommes. Tout ceci trouve en Jésus son achèvement et sa plénitude : il inaugure un nouveau mode de présence de Dieu dans l’histoire, parce que qui le voit, voit le Père, comme il le dit lui-même à Philippe (cf. Jn 14,9). Le christianisme, affirme saint Bernard, est la « religion de la Parole de Dieu », non pas cependant « une parole écrite et muette, mais celle du Verbe incarné et vivant » (Hom. super missus est, IV, 11 : PL 183, 86B). Dans la tradition patristique et médiévale, on utilise une formule particulière pour exprimer cette réalité : Jésus est le Verbum abbreviatum, le Verbe abrégé (cf. Rm 9, 28, en référence à Is 10,23), il est la Parole brève, abrégée et substantielle du Père, qui nous a tout dit de lui. En Jésus, toute la Parole est présente.

En Jésus aussi, la médiation entre Dieu et l’homme trouve sa plénitude. Dans l’Ancien Testament, il y a un groupe de personnages qui ont rempli cette fonction, en particulier Moïse, le libérateur, le guide, le « médiateur » de l’alliance, comme le définit aussi le Nouveau Testament (cf. Gal 3,19 ; Ac 7,35 ; Jn 1,17). Jésus, vrai Dieu et vrai homme, n’est pas simplement un des médiateurs entre Dieu et l’homme, mais il est « le médiateur » de la nouvelle et éternelle alliance (cf. He 8,6 ; 9,15 ; 12,24) ; « Car Dieu est unique, dit Paul, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même » (1 Tm 2,5 ; cf. Gal 3,19-20). En lui, nous voyons et nous rencontrons le Père ; en lui, nous pouvons invoquer Dieu en l’appelant du nom de « Abbà, Père » ; en lui, le salut nous est donné.

Le désir de connaître Dieu réellement, c’est-à-dire de voir le visage de Dieu, est inné dans tout homme, même chez les personnes athées. Et nous avons peut-être inconsciemment ce désir de voir simplement qui il est, ce qu’il est , qui il est pour nous. Mais ce désir se réalise en suivant le Christ, nous le voyons ainsi de dos et finalement, nous voyons aussi Dieu comme un ami, nous voyons son visage dans celui du Christ. L’important est de suivre le Christ non seulement lorsque nous avons besoin de lui ou lorsque nous trouvons le temps au milieu de nos occupations quotidiennes, mais dans toute notre vie telle qu’elle est.

C’est l’existence tout entière qui doit être orientée à la rencontre avec lui, à l’amour pour lui ; et, dans cette existence, l’amour du prochain doit aussi avoir une place centrale, cet amour qui, à la lumière du Crucifié, nous fait reconnaître le visage de Jésus dans le pauvre, le faible, celui qui souffre. Cela n’est possible que si le vrai visage de Jésus nous est devenu familier à travers l’écoute de sa Parole, si nous lui parlons intérieurement, si nous entrons dans cette Parole de sorte que nous le rencontrons réellement et, naturellement, dans le mystère de l’Eucharistie. Un passage de l’évangile de saint Luc est significatif : c’est celui des deux disciples d’Emmaüs qui reconnaissent Jésus à la fraction du pain, mais ils ont été préparés par le chemin qu’ils ont parcouru avec lui, préparés par l’invitation qu’ils lui ont adressée de rester avec eux, préparés par leur dialogue qui a rendu leur cœur tout brûlant ; et ainsi, à la fin, ils voient Jésus.

Pour nous aussi, l’Eucharistie est la grande école où nous apprenons à voir le visage de Dieu, où nous entrons dans une relation intime avec lui ; et nous apprenons, en même temps, à tourner notre regard vers le moment final de l’histoire, lorsqu’il nous rassasiera de la lumière de son visage. Sur la terre, nous marchons vers cette plénitude, dans l’attente joyeuse s’accomplisse réellement le Royaume de Dieu. Merci.

 

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:44

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Journée mondiale de la paix,

homélie du 1er janvier 2013

Benoît XVI

ROME, Wednesday 2 January 2013 (Zenit.org).

 

“La splendeur du visage du Seigneur sur nous, qui nous donne la paix, est la manifestation de sa paternité; le Seigneur tourne vers nous son visage, Il se montre Père et nous donne la paix. (…) Nul ne saurait enlever aux croyants cette paix, pas même les difficultés et les souffrances de la vie”, déclare Benoît XVI dans son homélie de la messe du 1er janvier 2013.

Le pape a présidé cette messe en la basilique Saint-Pierre, en la fête de Marie, Mère de Dieu, la "Théotokos", selon le concile d'Ephèse (431), troisième concile œcuménique de l'histoire du christianisme: c'est la plus grande festivité mariale de l'Année liturgique.

Une fête pouvant en cacher une autre, c'est ausi, traditionnellement, comme l'indique le Martyrologe romain, la fête de la Circoncision de l'Enfant Jésus: une circonstance que le pape mentionne dans son homélie.

Et c'est aussi, du point de vue pastoral, la Journée mondiale de la paix: le pape a beaucoup cité son Message poru cette journée de la paix, qui a pour thème: "Heureux les artisans de paix" (cf. Zenit du 1er janvier 2013, pour le « lien » au texte intégral en français).

 

Homélie de Benoît XVI :

 

Chers frères et sœurs,

 

« Que Dieu nous bénisse, qu’il fasse resplendir sur nous son visage » : c’est ainsi que nous acclamons, avec les paroles du Psaume 66, après l’avoir écoutée dans la première lecture, l’antique bénédiction sacerdotale sur le peuple de l’alliance. Il est particulièrement significatif qu’au début de chaque année Dieu projette sur nous, sur son peuple, la lumière de son saint Nom, un Nom prononcé trois fois dans la formule solennelle de la bénédiction biblique. Et il est non moins significatif qu’au Verbe de Dieu – qui « s’est fait chair et a habité parmi nous » come la « vraie lumière, celle qui éclaire tout homme » (Jn 1,9.14) – il ait été donné, huit jours après sa naissance, le nom de Jésus, comme nous le raconte l’Evangile d’aujourd’hui (cf. Lc 2,21).

 

C’est en ce nom que nous sommes réunis ici. Je salue de tout cœur toutes les personnes présentes, à commencer par les illustres ambassadeurs du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège. Je salue avec affection le cardinal Bertone, mon Secrétaire d’Etat, et le cardinal Turkson, ainsi que tous les membres du Conseil pontifical Justice et Paix; auxquels je suis particulièrement reconnaissant pour le travail qui a été fait pour la diffusion du Message de la Journée mondiale de la paix centré cette année sur le thème : « Heureux les artisans de paix ».

 

Bien que le monde soit malheureusement encore marqué par des « foyers de tension et d’opposition dus à de croissantes disparités entre riches et pauvres, à la domination d’une mentalité égoïste et individualiste, elle-même expression d’un capitalisme financier sans règles », en plus des différentes formes de terrorisme et de criminalité, je suis persuadé que « toutes les œuvres de paix, dont le monde abonde, témoignent de la vocation innée de l’humanité à la paix. En chaque personne, le désir de paix est une aspiration essentielle et elle coïncide, d’une certaine manière, au désir d’une vie humaine pleine, heureuse et bien accomplie. L’homme est fait pour la paix qui est un don de Dieu. Tout ceci m’a suggéré, pour ce Message, de m’inspirer des paroles de Jésus Christ : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5,9)» (Message, 1). Cette béatitude « dit que la paix est à la fois don messianique et œuvre humaine … C’est la paix avec Dieu, en vivant selon sa volonté. C’est la paix intérieure avec soi-même, la paix extérieure avec son prochain et avec toute la création » (ibid., 2 et 3). Oui, la paix est le bien par excellence à invoquer comme don de Dieu mais à construire aussi avec effort.

 

Nous pouvons nous demander: quel est le fondement, l’origine, la racine de cette paix? Comment sentir en nous cette paix, malgré les problèmes, les obscurités, les angoisses? La réponse nous est donnée par les lectures de la liturgie d’aujourd’hui. Les textes bibliques, mais surtout celui qui est tiré de l’Evangile de Luc, que l’on vient de proclamer, nous proposent de contempler la paix intérieure de Marie, la Mère de Jésus. Pour elle, durant les jours où elle « mit au monde son fils premier-né » (Lc 2,7), beaucoup d’événements imprévus se produisirent: non seulement la naissance de son Fils, mais avant le voyage fatiguant de Nazareth à Bethléem, le fait de ne pas trouver de place à l’auberge, la recherche d’un abri de fortune en pleine nuit ; et puis le chant des anges, la visite inattendue des bergers. Or, dans tout cela, Marie ne se trouble pas, elle ne s’agite pas, elle ne sent pas bouleversée par des faits plus grands qu’elle; elle considère simplement, en silence, ce qui lui arrive, le garde en mémoire et dans son cœur, y réfléchissant avec calme et sérénité. C’est cette paix intérieure que nous voudrions avoir au milieu des événements parfois tumultueux et confus de l’histoire, des événements dont nous ne saisissons parfois pas le sens et qui nous déconcertent.

 

Le passage évangélique se termine par une allusion à la circoncision de Jésus. Selon la Loi de Moïse, huit jours après sa naissance, un petit garçon devait être circoncis, et c’est à ce moment-là qu’il recevait son nom. Dieu lui-même, par son messager, avait dit à Marie – et à Joseph aussi

– que le nom à donner à l’Enfant était « Jésus » (cf. Mt 1,21; Lc 1,31); et il en fut ainsi. Ce nom que Dieu avait fixé avant même que l’Enfant ne fût conçu, lui est maintenant donné officiellement, au moment de sa circoncision. Ceci marque également une fois pour toutes l’identité de Marie: celle-ci est « la mère de Jésus », c’est-à-dire la mère du Sauveur, du Christ, du Seigneur. Jésus n’est pas un homme comme n’importe quel autre, mais il est le Verbe de Dieu, une des personnes divines, le Fils de Dieu : c’est pourquoi l’Eglise a donné à Marie le titre de Theotokos, c’est-à-dire «Mère de Dieu».

 

La première lecture nous rappelle que la paix est un don de Dieu et qu’elle est liée à la splendeur du visage de Dieu, selon le texte du Livre des Nombres, qui perpétue la bénédiction utilisée par les prêtres du peuple dans les assemblées liturgiques. Une bénédiction qui, à trois reprises, prononce le saint nom de Dieu, le nom imprononçable, l’associant à chaque fois à deux verbes qui indiquent une action en faveur de l’homme : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu'il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix ! » (Nb 6,24-26). La paix est donc le sommet de ces six actions de Dieu en notre faveur, pendant lequel il tourne vers nous la splendeur de son visage.

 

Pour la sainte Ecriture, contempler le visage de Dieu constitue le plus grand des bonheurs: « Tu le réjouis de bonheur près de ta face », dit le psalmiste (Ps 21,7). Contempler le visage de Dieu suscite joie, sécurité et paix. Mais que signifie concrètement contempler le visage du Seigneur, comment le comprendre à partir du Nouveau Testament ? Cela veut dire le connaître directement, pour autant qu’on le puisse dans cette vie, grâce à Jésus-Christ, en qui il s’est révélé. Jouir de la splendeur du visage de Dieu veut dire pénétrer le mystère de son Nom qui s’est manifesté à nous par Jésus, comprendre quelque chose de sa vie intime et de sa volonté, afin que nous puissions vivre selon son dessein d’amour sur l’humanité.

 

L’apôtre Paul le dit, dans sa seconde lettre, tirée de la Lettre aux Galates (4,4-7), en parlant de l’Esprit qui, au plus profond de nos cœurs, s’écrie: « Abba ! Père !» Ce cri jaillit de la contemplation du vrai visage de Dieu, de la révélation du mystère de son Nom. Jésus affirme: « J’ai fait connaître ton nom aux hommes » (Jn17, 6). Le Fils de Dieu qui s’est fait chair nous a fait connaître le Père, nous a fait percevoir dans son visage humain visible le visage invisible du Père; par le don de l’Esprit Saint répandu dans nos cœurs, il nous a fait savoir qu’en Lui nous sommes nous aussi des enfants de Dieu. Saint Paul le dit dans le passage que nous avons écouté: « Et voici la preuve que vous êtes des fils : envoyé de Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l’appelant ’Abba ! Père’ ! » (Gal 4,6).

 

Voilà, chers frères, quel est le fondement de notre paix : la certitude de contempler en Jésus-Christ la splendeur du visage de Dieu le Père, d’être des fils dans le Fils et d’avoir ainsi, sur le chemin de la vie, cette même sécurité que l’enfant éprouve dans les bras d’un Père bon et tout puissant. La splendeur du visage du Seigneur sur nous, qui nous donne la paix, est la manifestation de sa paternité; le Seigneur tourne vers nous son visage, Il se montre Père et nous donne la paix. Tel est le principe de cette paix profonde - « paix avec Dieu » - qui est liée indissolublement à la foi et à la grâce, comme écrit saint Paul aux chrétiens de Rome (cf. Rm 5,2). Nul ne saurait enlever aux croyants cette paix, pas même les difficultés et les souffrances de la vie. En effet, souffrances, épreuves et obscurités ne rongent pas mais font monter notre espérance, une espérance qui ne déçoit pas car : « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5).

 

La Vierge Marie, que nous vénérons aujourd’hui sous le titre de Mère de Dieu, nous aide à contempler le visage de Jésus, Prince de la Paix. Qu’elle nous soutienne et nous accompagne tout au cours de cette nouvelle année ; qu’elle obtienne pour nous et pour le monde entier le don de la paix. Amen!

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 18:06
Les laïcs et « la vague d'évangélisation en cours »
ROME, vendredi 23 décembre 2011 (ZENIT.org)
Le P. Raniero Cantalamessa, ofmcap., prédicateur de la Maison pontificale, a évoqué le rôle des laïcs dans la nouvelle évangélisation dans sa quatrième prédication de l’Avent, ce vendredi matin, 23 décembre, au Vatican , en la chapelle Redemptoris Mater, en présence de Benoît XVI (cf. Zenit des 2, 9 et 16 décembre 2011 pour les trois premières prédications).
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Après avoir traité, le 2 décembre de la « première vague » de l’évangélisation, le prédicateur de la Maison pontificale a traité, le 9 décembre, des « invasions barbares », il a évoqué, le 16 décembre, « la première évangélisation du continent américain » et le rôle des religieux dans l’annonce de l’Evangile sur le nouveau continent, et ce 23 décembre le rôle des laïcs.
Voici le texte intégral de cette quatrième et dernière prédication de l’Avent:
REPARTIR DU COMMENCEMENT
 
La vague d’évangélisation en cours
1. Un nouveau destinataire de l’annonce
 
Prope est iam Dominus: venite, adoremus »: Le Seigneur est proche: venez, adorons-le. Commençons cette méditation, comme commence la Liturgie des heures en ces jours qui précèdent Noël, afin que celle-ci fasse, elle aussi, partie de notre préparation à cette solennité. Nous concluons aujourd’hui nos réflexions sur l’évangélisation. Jusqu’ici, j’ai cherché à reconstruire les trois grandes vagues évangélisatrices de l’histoire de l’Eglise. On pouvait certainement rappeler d’autres grandes œuvres missionnaires, comme celle commencée par saint François-Xavier au XVIe siècle en Orient- Inde, Chine et Japon – et comme l’évangélisation du continent africain au XIXe siècle par Daniele Comboni, le cardinal Guglielmo Massaia et tant d’autres. Il y a toutefois une raison à ce choix et, j’espère que mes réflexions auront permis de la voir.
 
Ce qui change et fait la différence entre les diverses vagues d’évangélisation évoquées, ce n’est pas l’objet de l’annonce – « la foi, transmise aux saints une fois pour toutes », selon les termes de la Lettre de Jude -, mais ses destinataires, respectivement le monde grec et romain, le monde barbare et le nouveau monde, c’est-à-dire le continent américain.
On se demande donc : quel est ce nouveau destinataire qui nous permet de parler d’une nouvelle vague d’évangélisation aujourd’hui, la quatrième ? La réponse est : le monde occidental sécularisé et, sous certains aspects, postchrétien. Cette précision qui apparaissait déjà dans les documents du bienheureux Jean-Paul II, est devenue explicite dans le magistère de Benoît XVI. Le motu proprio, par lequel il a institué le « Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation », parle de « nombreux pays d’ancienne tradition chrétienne, devenus réfractaires au message évangélique » .
 
Pour l’Avent de l’an dernier, j’ai tenté de mettre en évidence ce qui caractérise ce nouveau destinataire de l’annonce, en le résumant sous trois facettes: scientisme, sécularisation, rationalisme. Trois tendances qui mènent au même résultat : le relativisme.
fois qu’un nouveau monde à évangéliser voyait le jour nous assistions, parallèlement, à l’arrivée d’une nouvelle catégorie d’annonceurs: les évêques durant les trois premiers siècles (surtout au IIIe s.), les moines dans la deuxième vague et les religieux dans la troisième. Aujourd’hui aussi nous assistons à l’apparition d’une nouvelle catégorie d’évangélisateurs : les laïcs. De toute évidence, il ne s’agit pas d’une catégorie qui vient en remplacer une autre mais d’une nouvelle force du peuple de Dieu venant s’ajouter aux autres, les évêques restant toujours, sous la conduite du pape, les guides de référence autorisés et les derniers responsables du devoir missionnaire de l’Eglise.
 
2. Comme le sillon d’un beau vaisseau
 
J’ai dit qu’au fil des siècles, les destinataires de l’annonce avaient changé, mais pas l’annonce elle-même. Je dois néanmoins préciser cette dernière affirmation. Il est vrai que l’essentiel de l’annonce ne saurait changer, mais la manière de la présenter, les priorités, le point d’où il nous faut partir dans cette annonce, peuvent et doivent changer.
 
Résumons le chemin que l’annonce évangélique a fait pour arriver jusqu’à nous. Il y a tout d’abord l’annonce que Jésus a faite et qui a pour objet central cette nouvelle:
« Le Royaume de Dieu est venu jusqu’à vous ». A cette phase unique, que nous appelons « le temps de Jésus » fait suite, après Pâques, « le temps de l’Eglise ». Jésus n’y est plus l’annonceur, mais l’annoncé; le mot « Evangile » ne signifie plus « la bonne nouvelle apportée par Jésus », mais la bonne nouvelle sur Jésus, c’est-à-dire qui a Jésus pour objet et, en particulier, sa mort et sa résurrection. C’est toujours ce que saint Paul entend par le mot « Evangile ».
 
Mais il faut faire attention à ne pas trop détacher les deux périodes et les deux annonces, celle de Jésus et celle de l’Eglise, ou, comme on a pris l’habitude de dire, le « Jésus historique » du « Christ de la foi ». Jésus n’est pas que l’objet de l’annonce de l’Eglise, la chose annoncée. Gare à ne le réduire qu’à ça! Cela signifierait oublier sa résurrection. Dans l’annonce de l’Eglise, c’est le Christ ressuscité qui, avec son Esprit, parle encore; il est aussi le sujet qui annonce. Comme le dit un texte du concile: « Le Christ est présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures » .
 
Partant de l’annonce initiale de l’Eglise, c’est-à-dire du kérygme, nous pouvons résumer sous forme d’image le déroulement successif de la prédication de l’Eglise. Imaginons le sillon d’un vaisseau. Celui-ci commence par une pointe qui est la proue du vaisseau, mais une pointe qui s’élargit au fur et à mesure, jusqu’à se perdre à l’horizon et finir par toucher les deux rives opposées de la mer. Voila ce qui s’est passé dans l’annonce de l’Eglise : celle-ci commence par une pointe: le kérygme, « Jésus, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (cf. Rm 4, 25; 1 Co 15,1-3); de manière encore plus synthétique: « Jésus est le Seigneur! » (Ac 2, 36; Rm 10,9).
 
On a une première dilatation de cette pointe avec la naissance des quatre évangiles, écrits pour expliquer ce noyau initial, et avec le reste du Nouveau Testament; puis vient la tradition de l’Eglise, avec son magistère, sa liturgie, sa théologie, ses institutions, ses lois, sa spiritualité. Le résultat final est un immense patrimoine qui fait précisément penser au sillon d’un vaisseau dans sa plus haute dilatation.
 
A ce point, si l’on veut évangéliser le monde sécularisé, un choix s’impose. D’où partir? De n’importe quel point du sillon, ou de la pointe? L’immense richesse de doctrine et d’institutions peut devenir un handicap si nous cherchons à nous présenter avec elle à l’homme qui a perdu tout contact avec l’Eglise et ne sait plus qui est Jésus. Cela serait comme mettre à un enfant un de ces énormes et lourds vêtements de brocart que portaient dans certaines fonctions les évêques et les prêtres.
 
Il faut aider cet homme à entrer en contact avec Jésus ; faire avec lui ce que Pierre a fait le jour de la Pentecôte avec les trois mille personnes présentes : leur parler de Jésus que nous avons crucifié et que Dieu a ressuscité, l’amener au point où lui aussi, touché dans son cœur, finira par demander: « Frères , que devons-nous faire ? » et nous-mêmes répondrions, comme Pierre a répondu: « Repentez-vous, faites-vous baptiser, si vous ne l’êtes pas encore, ou confessez-vous, si vous êtes déjà baptisés. »
 
Ceux qui répondront à l’annonce s’uniront, aujourd’hui aussi, comme en ce jour là, à la communauté des croyants, ils écouteront l’enseignement des apôtres et prendront part à la fraction du pain; selon la grâce et la réponse de chacun, ils pourront faire leur, peu à peu, tout cet immense patrimoine, né du kérygme. On n’accepte pas Jésus sur la parole de l’Eglise, mais on accepte l’Eglise sur la parole de Jésus.
 
Nous avons un allié dans cet effort : l’échec de toutes les tentatives faites par le monde sécularisé de remplacer le kérygme chrétien par d’autres « cris » et d’autres « manifestes ». Je cite souvent l’exemple du célèbre tableau « Le cri » de l’artiste norvégien Edvard Munch. Un homme sur un pont, contre un fond rougeâtre, les mains autour de la bouche grande ouverte, pousse un cri qui, on le comprend immédiatement, est un cri d’angoisse, un cri vide, sans paroles, seulement un son. Cette description de la situation de l’homme moderne me paraît la plus efficace. La situation d’un homme qui a oublié le cri rempli de contenu qu’est le kérygme et se retrouve à devoir hurler à vide sa propre angoisse existentielle.
 
3. Le Christ, notre contemporain
 
Maintenant je voudrais essayer d’expliquer pourquoi il est possible, dans le christianisme, de repartir, à tout moment, de la proue du vaisseau, sans que cela ne soit une fiction mentale, ou une simple opération d’archéologie. La raison est simple: ce vaisseau sillonne encore la mer et le sillon commence encore par une pointe!
 
Bien qu’il ait dit de très belles choses sur la foi et sur Jésus, il y a un point où je ne suis pas d’accord avec le philosophe Kierkegaard. Un de ses thèmes préférés est la contemporanéité du Christ. Mais cette contemporanéité, il la conçoit comme s’il nous fallait, nous, devenir des contemporains du Christ. « Celui qui veut croire au Christ – écrit-il – est obligé de devenir son contemporain dans l’abaissement » . L’idée est que pour croire vraiment, de cette même foi qui fut demandée aux apôtres, il faut faire abstraction des 2000 ans d’histoire et de confirmations sur le Christ et se mettre à la place de ceux auxquels Jésus adressait sa parole : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11,28). Aura-t-on le courage de croire à une pareille promesse, quand celui qui la fait n’a lui-même une pierre où pouvoir poser sa tête ?
 
La vraie contemporanéité du Christ est autre chose: c’est lui qui devient notre contemporain car, étant ressuscité, il vit dans l’Esprit et dans l’Eglise. Si c’était à nous de devenir les contemporains du Christ, cette contemporanéité ne serait qu’intentionnelle; si c’est le Christ qui devient notre contemporain, cette contemporanéité est réelle. Selon une pensée audacieuse de la spiritualité orthodoxe, « l’anamnèse est un souvenir joyeux qui rend le passé encore plus présent que lorsqu’il a été vécu ». Ce n’est pas une exagération. Dans la célébration liturgique de la messe, l’évènement de la mort et de la résurrection du Christ devient plus réel pour moi que pour ceux qui y ont assisté concrètement et matériellement car, à l’époque, c’était une présence « selon la chair », maintenant il s’agit d’une présence « selon l’Esprit ».
 
Même chose pour ceux qui proclament avec foi: « Le Christ est mort pour mes péchés, il est ressuscité pour ma justification, il est le Seigneur ». Un auteur du IVe siècle écrit: « Pour chaque homme le commencement de la vie est celui où le Christ a été immolé pour lui. Mais le Christ est immolé pour lui au moment où il reconnaît la grâce et devient conscient des effets que lui procure cette immolation » .
 
Je me rends compte qu’il n’est pas facile, voire peut-être même impossible, de dire ces choses aux gens, et encore moins au monde sécularisé d’aujourd’hui; mais c’est ce que nous, évangélisateurs, nous devons avoir bien clair à l’esprit, pour y puiser notre courage et croire à la parole de l’évangéliste Jean qui dit: « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jn 4,4).
 
4. Les laïcs, protagonistes de l’évangélisation
 
Je disais au début que les laïcs, dans la phase actuelle de l’évangélisation, sont les nouveaux protagonistes. De ce rôle on traité le concile, dans l’ « Apostolicam actuositatem », Paul VI dans l’ « Evangelii nuntiandi », et Jean Paul II dans « Christifideles laici » .
Les prémisses de cet appel universel à la mission se trouvent déjà dans l’Evangile. Après le premier envoi des apôtres en mission, Jésus, lit-on dans l’évangile de Luc, « en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes localités où lui-même devait aller » (Lc 10, 1). Ces soixante-douze disciples étaient probablement tous ceux qu’il avait rassemblés jusqu’à ce moment-là, ou du moins tous ceux qui étaient disposés à s’engager sérieusement pour lui. Jésus envoie donc « tous » ses disciples.
 
J’ai connu un laïc des Etats-Unis, père de famille, qui, à côté de son métier, exerce une intense activité d’évangélisation. C’est un homme plein d’ humour qui évangélise à coups de gros éclats de rire, comme seuls les américains savent si bien faire. Quand il se rend dans un nouvel endroit, il commence en disant très sérieusement: « Deux mille cinq cents évêques, réunis au Vatican, m’ont demandé de venir vous annoncer l’Evangile ». Les gens naturellement sont pris de curiosité. Il explique alors que les deux mille cinq cents évêques sont ceux qui ont pris part au concile Vatican II et qui ont écrit le décret sur l’apostolat des laïcs dans lequel chaque laïc chrétien est appelé à participer à la mission évangélisatrice de l’Eglise. Il avait parfaitement raison de dire « m’ ont demandé » . Ces paroles ne sont pas des paroles en l’air, dites à tous et à personne : elles s’adressent à chaque laïc catholique personnellement.
 
Aujourd’hui nous connaissons l’énergie nucléaire qui se dégage d’une « fission » de l’atome. Un atome d’uranium est bombardé et « brisé » en deux par le choc d’une particule appelée neutron, libérant, dans ce processus, de l’énergie. Commence alors une réaction en chaîne. Les deux nouveaux éléments font subir une « fission », c’est-à-dire cassent, à leur tour, deux autres atomes, ces deux atomes quatre autres et ainsi de suite pour des milliards d’atomes, si bien qu’à la fin, l’énergie « libérée », résulte immense. Et pas nécessairement de l’énergie destructive, car l’énergie nucléaire peut être utilisée aussi dans des buts pacifiques, pour le bien de l’homme.
 
En ce sens là nous pouvons dire que les laïcs sont une sorte d’énergie nucléaire de l’Eglise, au plan spirituel. Un laïc touché par l’Evangile, vivant entouré, peut en « contaminer » deux autres, et avec eux quatre autres, et comme les laïcs chrétiens ne se comptent pas uniquement par dizaines de milliers comme le clergé, mais par centaines de millions, ils peuvent vraiment jouer un rôle décisif, pour répandre la lumière bénéfique de l’Evangile dans le monde.
 
Ce n’est pas qu’à partir du concile Vatican II que l’on a commencé à parler de l’apostolat des laïcs : on en parlait déjà depuis longtemps. Mais ce que le concile a apporté de nouveau dans le domaine c’est le titre sous lequel les laïcs concourent à l’apostolat de la hiérarchie. Ce ne sont pas de simples collaborateurs appelés à apporter leur contribution professionnelle, leur temps et leurs ressources ; ils sont porteurs de charismes, grâce auxquels, dit Lumen Gentium, « ils sont rendus aptes et disponibles pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouveau et au développement de l’Église »
 
Jésus a voulu que ses apôtres soient des pasteurs de brebis et des pêcheurs d’hommes. Pour nous, le clergé, il s’avère plus facile d’être des pasteurs que des pêcheurs; c’est-à-dire, nourrir par la parole et les sacrements ceux qui viennent à l’Eglise, plutôt que d’aller à la recherche de ceux qui sont au loin, dans les milieux les plus disparates de la vie. La parabole de la brebis perdue, se présente aujourd’hui à l’envers: quatre-vingt-dix-neuf se sont éloignées et une est restée à la bergerie. Le danger est de passer tout son temps à nourrir la seule qui soit restée et ne pas avoir le temps, ne serait-ce que par manque de prêtres, d’aller à la recherche de celles qui se sont égarées. En cela, l’apport des laïcs nous apparaît providentiel.
 
Les « mouvements ecclésiaux » sont les plus en avance dans ce domaine. Leur contribution spécifique à l’évangélisation est d’offrir aux adultes une occasion de redécouvrir leur baptême et de devenir des membres actifs et engagés de l’Eglise. Beaucoup de conversions chez les non-croyants et de retours à la pratique religieuse chez les chrétiens se vérifient aujourd’hui dans le cadre de ces mouvements.
 
Récemment, en vue de cette évangélisation, le Saint-Père Benoît XVI est revenu sur l’importance de la famille, parlant d’un « un rôle de premier plan » des familles chrétiennes dans ce domaine. « De même que l’éclipse de Dieu et la crise de la famille sont liées, disait-il, de même la nouvelle évangélisation est inséparable de la famille chrétienne » .
 
Commentant le texte de Luc où il est dit que Jésus « désigna encore soixante-douze disciples, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller » (Lc 10, 1), saint Grégoire le Grand écrit qu’il les envoie deux par deux « car à moins de deux il ne peut y avoir d’amour », et l’amour est ce qui permettra aux hommes de reconnaître que nous sommes des disciples du Christ. Ceci vaut pour tout le monde, mais surtout, spécialement, pour deux parents. Si ceux-ci ne peuvent plus rien faire pour aider leurs enfants dans la foi, ils feraient déjà beaucoup si, en les regardant, ceux-ci pouvaient se dire entre eux: « Regardez papa et maman, comme ils s’aiment ! ». « L’amour vient de Dieu », dit l’Ecriture (1 Jn 4, 7) et cela explique pourquoi partout où il y a un peu d’amour vrai, Dieu est toujours annoncé.
 
La première évangélisation commence entre les murs domestiques. A un jeune qui lui demandait ce qu’il devait faire pour être sauvé, Jésus répondit un jour: « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres…, puis viens et suis-moi » (Mc 10, 21); mais à un autre qui voulait tout quitter et le suivre, il n’y consentit pas et il lui dit: « Rentre chez toi, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5, 19).
 
Il y a un negro-spiritual très connu qui dit : « There is a balm in Gilead » - « Il y a un baume à Gilead » -. Certaines de ses paroles peuvent encourager les laïcs, mais pas seulement eux, dans leur devoir d’évangéliser de personne à personne, de porte en porte.
Il dit: « If you cannot preach like Peter, if you cannot preach like Paul, go home and tell your neighbor, He died to save us all ».
« Si tu ne sais pas prêcher comme Pierre; si tu ne sais pas prêcher comme Paul, rentre chez toi et dis à tes proches: Il est mort pour sauver nous tous! »
Dans deux jours, c’est Noël. C’est un réconfort pour nos frères laïcs de se souvenir qu’autour du berceau de Jésus, à côté de Marie et de Joseph, il n’y avait que leurs représentants, les bergers et les mages.
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Noël nous ramène à la pointe de la pointe du sillon du vaisseau, car tout est parti de là, de cet Enfant dans la mangeoire. Dans la liturgie, nous entendrons proclamer « Hodie Christus natus est, hodie Salvator apparuit », « Aujourd’hui le Christ est né, aujourd’hui le Sauveur est apparu ». En écoutant cela, repensons à ce que nous avons dit de l’anamnèse qui rend l’évènement passé encore plus présent que lorsqu’il a eu lieu la première fois ». Oui, le Christ naît aujourd’hui, car il naît vraiment pour moi au moment où je reconnais le mystère, où je crois en ce mystère. « A quoi me sert-il que le Christ soit né une fois à Bethléem de Marie, s’il ne naît pas à nouveau dans mon cœur, par la foi? » : ce sont des paroles prononcées par Origène et répétées par saint Augustin et saint Bernard .
 
Faisons nôtre l’appel choisi par notre Saint-Père pour ses vœux de Noël cette année et répétons-le d’un seul souffle, de tout notre cœur: « Veni ad salvandum nos », « Viens, Seigneur, et sauve-nous! ».
 
P. Raniero Cantalamessa, ofmcap.
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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 22:47
 
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« L'Eglise a plus de raisons de se réjouir aujourd'hui »
Troisième prédication de l'Avent du P. Cantalamessa
Anne Kurian ROME, vendredi 21 décembre 2012 (Zenit.org) – 
 
Bonne nouvelle : l’Eglise d’aujourd’hui a « plus de raisons objectives de se réjouir » que ceux qui ont entouré la naissance de Jésus, et que « toute l’Eglise naissante ».
C’est ce que le P. Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, a affirmé lors de sa troisième et dernière prédication de l’Avent, au Vatican en présence de Benoît XVI et de la curie romaine, ce vendredi 21 décembre 2012.
Le prédicateur définit la joie comme une conséquence de « Dieu qui agit dans l’histoire » : « là où « tombe » une action divine, se produit comme une vibration et une vague de joie qui se propage ensuite de génération en génération », explique-t-il.
Selon le P. Cantalamessa, l’Eglise d’aujourd’hui a deux motifs de joie :
l’une liée à l’action de Dieu dans ses 2.000 ans d’histoire et
l’autre reflet de l’action de Dieu dans le temps présent.
Faire mémoire Dolina-Pieciu-Stawow
Pour goûter cette joie, il s’agit d’abord de « faire mémoire des œuvres merveilleuses de Dieu à son égard » : « en réalité, que de merveilles le Seigneur a fait pour l’Eglise, durant ces vingt siècles ! »
Le P. Cantalamessa estime d’ailleurs que les chrétiens d’aujourd’hui ont « plus de raisons objectives de se réjouir que n’en avaient Zacharie, Siméon, les bergers, et plus généralement, toute l’Eglise naissante ».
En effet, les premiers chrétiens ont porté « la semence à jeter », et les chrétiens actuels voient « l’accomplissement » : « la semence a poussé, l’arbre du Royaume est devenu immense ».
En ce sens, l’Eglise d’aujourd’hui est comme le semeur qui « revient rempli de joie, sous le poids de ses gerbes ». Et le prédicateur de citer : « que de grâces, que de saints, quelle sagesse de doctrine et quelle richesse d’institutions, que de salut accompli » en l’Eglise et à travers l’Eglise, où « les paroles prophétiques adressées à la nouvelle Jérusalem reconstruite après l’exil, se sont parfaitement réalisées ».
  « Que de fois l’Eglise a dû élargir, durant ces vingt siècles – même si cela s’est parfois produit avec lenteur et non sans résistance –, l’ « espace de sa tente », c’est-à-dire sa capacité d’accueil, pour y faire entrer les richesses humaines et culturelles des divers peuples », ajoute-t-il.
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La joie du chrétien arrive aussi « par manière de présence », car « aujourd’hui encore Dieu agit au milieu de nous, dans l’Eglise », poursuit le P. Cantalamessa.
Par conséquent, pour retrouver « les voies du courage et de la joie », au milieu « de toutes les préoccupations et de toutes les épreuves », il encourage à « ouvrir les yeux sur ce que Dieu est en train d’accomplir aujourd’hui même » en l’Eglise.
Le prédicateur en est certain, « le doigt de Dieu, qui est l’Esprit Saint, est encore en train d’écrire dans l’Eglise, dans les âmes, et il est en train d’écrire de si merveilleuses histoires de sainteté ». Il n’hésite pas à dire « qu’un jour – quand aura fini dans le néant tout ce qui est négatif et péché – on regardera peut-être cette époque que nous vivons avec stupeur et sainte envie ».
Le P. Cantalamessa estime que « puisque le monde et ses médias ne font que mettre en évidence » tous « les maux qui affligent l’Eglise et les trahisons de tant de ses ministres », il est bon de « lever une fois les yeux et de voir aussi son côté lumineux, sa sainteté ».
Il constate à ce propos « des charismes en tout genre, ordinaire et extraordinaire », un « amour pour la parole de Dieu », une « participation active des laïcs à la vie de l’Église et à l’évangélisation », un « engagement constant du magistère et de tant d’organisations pour les pauvres et les personnes en détresse », et un « désir de recomposer l’unité brisée du Corps du Christ ».
« Quand l’Eglise a-t-elle eu dans son histoire une série de souverains pontifes aussi érudits et saints que ceux qu’elle a depuis un siècle et demi. Quand a-t-elle eu autant de martyrs de la foi? », fait-il également remarquer. D’où le devoir de répéter à la face du monde, aujourd’hui encore, ces paroles que Néhémie, adressa un jour, après l’exil, au peuple d’Israël accablé et en larmes: « Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! [...], car la joie du Seigneur est votre rempart ! » (Ne 8, 9-10).
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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 22:27

 

 

1page-img3P. Raniero Cantalamessa, ofmcap Première Prédication de l’Avent 2012

L’ANNEE DE LA FOI, et le catéchisme de l’Eglise Catholique

1. Le livre « mangé »

Dans ma prédication à la Maison pontificale, j’essaie de me laisser guider, dans le choix des thèmes, par les grâces ou les événements que l’Eglise est en train de vivre à un moment donnée de son histoire.

Récemment, nous avons eu l’ouverture de l’Année de la foi, le cinquantième anniversaire du concile Vatican II et le synode pour l’évangélisation et la transmission de la foi chrétienne. J’ai donc pensé centrer ma réflexion de l’Avent sur chacun de ces trois évènements.

Je commence par l’Année de la foi. Pour ne pas me perdre dans un thème aussi vaste que la foi, je me concentre sur un point de la lettre « Porta fidei » du Saint-Père Benoit XVI, à l’endroit précis où il exhorte chaleureusement à faire du Catéchisme de l’Eglise Catholique, dont on fête cette année le vingtième anniversaire de publication, un outil de prédilection pour vivre fructueusement la grâce de cette année.

Voici les mots du pape :

« L’Année de la foi devra exprimer un engagement général pour la redécouverte et l’étude des contenus fondamentaux de la foi qui trouvent dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique leur synthèse systématique et organique. Ici, en effet, émerge la richesse d’enseignement que l’Église a accueillie, gardée et offerte au cours de ses deux mille ans d’histoire. De l’Écriture sainte aux Pères de l’Église, des maîtres de théologie aux saints qui ont traversé les siècles, le Catéchisme offre une mémoire permanente des nombreuses façons dans lesquelles l’Église a médité sur la foi et produit un progrès dans la doctrine pour donner certitude aux croyants dans leur vie de foi »[1].

 

Je ne parlerai certes pas du contenu du Catéchisme de l’Eglise Catholique, de ses répartitions, des critères informatifs ; ce serait comme vouloir expliquer la Divine Comédie à Dante Alighieri. Je voudrais plutôt m’efforcer de montrer comment on peut transformer ce livre, muet comme un précieux instrument musical posé sur du velours, en un instrument qui joue et secoue les cœurs. La Passion selon Matthieu de Bach est restée pendant près d’un siècle à l’état de partition écrite, conservée au fond d’archives musicales, jusqu’au moment où Félix Mendelssohn l’a fait connaître par une exécution magistrale à Berlin en 1829 ; depuis ce jour-là tout le monde connait les mélodies et les chœurs sublimes que ces pages renfermaient.

 

C’est un peu ce qui arrive avec chaque livre qui parle de la foi, y compris le Catéchisme de l’Eglise Catholique: on doit passer de la partition à l’exécution, d’une page muette à quelque chose de vivant qui touche le cœur. L’image d’Ézéchiel tenant un rouleau dans sa main tendue nous aide à comprendre ce qui est demandé pour que cela ait lieu :

 

« Alors je vis une main tendue vers moi : elle tenait un livre en forme de rouleau; et le déroula devant moi ; ce rouleau était écrit au-dedans et au-dehors, il contenait des chants de deuil, des plaintes et des lamentations. Le Seigneur me dit : « Fils d'homme, mange ce qui est devant toi, mange ce rouleau, et va parler à la maison d'Israël. ». J'ouvris la bouche, il me fit manger le rouleau, et il me dit : « Fils d'homme, remplis ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que je te donne ». Je le mangeai donc, et dans ma bouche il fut doux comme du miel » (Ez 2,9-3,3).

 

Le pape est la main qui tend, encore une fois, à l’Eglise, le Catéchisme de l’Eglise Catholique, disant à chaque catholique: « Prends ce livre, mange-le, remplis ton ventre de lui». Que veut dire « manger » un livre ? Pas seulement l’étudier, l’analyser, le mémoriser, mais en faire la chair de sa propre chair et le sang de son propre sang, « l’assimiler », comme on le fait matériellement avec la nourriture que nous mangeons. Passer de la foi étudiée ou proclamée à la foi vécue.

 

C’est quelque chose qu’on ne peut pas faire avec le livre tout entier, vu son volume, et avec chaque chose qu’on y lit. Impossible donc de le faire de manière analytique, mais seulement synthétique. Je m’explique. Il nous faut saisir le principe qui informe et unifie le tout, en somme le cœur battant du Catéchisme de l’Eglise Catholique. Et quel est ce cœur ? Pas un dogme, ni une vérité, une doctrine ou un principe éthique. C’est une personne: Jésus Christ! « Page après page – écrit le Saint-Père à propos du Catéchisme de l’Eglise Catholique, dans cette même lettre apostolique – on découvre que tout ce qui est présenté n’est pas une théorie, mais la rencontre avec une Personne qui vit dans l’Église ».

 

Si les Ecritures, comme Jésus lui-même l’affirme, parlent de lui (cf. Jn 5, 39), si elles sont pleines du Christ et se résument toutes en lui, comment pourrait-il en être autrement pour le Catéchisme de l’Eglise Catholique qui n’est qu’une exposition systématique, élaborée par la Tradition, sous la conduite du Magistère, de ces même Ecritures ?

 

Dans la première partie, consacrée à la foi, le Catéchisme de l’Eglise Catholique renvoie au grand principe de saint Thomas d’Aquin selon lequel « l’acte de foi du croyant ne s’arrête pas à l’énoncé, mais va à la réalité » (« Fides non terminatur ad enunciabile sed ad rem »)[2]. Maintenant, quelle est la réalité, la « chose » ultime de la foi ? Dieu, assurément! Mais pas un Dieu quelconque imaginé selon les goûts et le bon plaisir de chacun, mais le Dieu qui s’est révélé en Jésus Christ, qui « s’identifie » à lui jusqu’à dire : « Qui me voit, voit le Père » et « Dieu, personne ne l'a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui a conduit à le connaître » (Jn 1,18).

 

Quand nous disons foi « en Jésus Christ » nous ne détachons pas le Nouveau de l’Ancien Testament, nous ne faisons pas commencer la vraie foi à partir de la venue du Christ sur terre. S’il en était ainsi, nous exclurions du nombre des croyants Abraham que nous appelons « notre père dans la foi » (cf. Rm 4,16). En identifiant son Père au « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (Mt 22, 32) et au Dieu « de la loi et des prophètes » (Mt 22, 40), Jésus proclame l’authenticité de la foi juive, il montre son caractère prophétique, affirmant que c’est de lui qu’ils parlaient (cf. Lc 24, 27. 44; Jn 5, 46). C’est ce qui fait la différence, aux yeux des chrétiens, entre la foi juive et toutes les autres religions et qui justifie le statut spécial dont bénéficie, depuis le concile Vatican II, le dialogue avec les juifs par rapport à celui avec les autres religions.

 

2. Kérygme et didachè

 

Au début de l’Eglise, il y avait une distinction claire entre le kérygme et la didaché. Dans le kérygme, que Paul appelle aussi « l’Evangile », il était question de l’action de Dieu en Jésus Christ, du mystère pascal de la mort et de la résurrection, qui se traduisaient par de courtes formules de foi, comme celle que suggèrent les propos de Pierre le jour de la Pentecôte: « Vous l'avez fait mourir en le faisant clouer à la croix, Dieu l'a ressuscité et a fait de lui le Seigneur » (cf. Ac 2, 23-36), ou alors: « Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur et tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, alors tu seras sauvé » (Rm 10, 9).

 

La didaché indiquait, par contre, l’enseignement donné à ceux qui avaient accepté la foi, le développement, la formation complète du croyant. On était convaincu (St. Paul surtout) que la foi, en tant que telle, ne surgit qu’en présence du kérygme. Celui-ci qui n’était pas un résumé de la foi ou une partie d’elle, mais la semence d’où sortait tout le reste. Les quatre évangiles aussi ont été écrits après, précisément pour expliquer le kérygme.

  Triduum

Il en était de même pour le noyau le plus ancien du Credo, qui n’avait pour objet que la personne de Jésus-Christ, montré sous ses deux natures humaine et divine. Nous en avons un exemple dans la Lettre aux Romains, où on parle du Christ « né de la race de David selon la chair, établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts, selon l’Esprit qui sanctifie » (Rm 1, 3-4). Très vite, ce noyau des origines, ou credo christologique, a été englobé dans un contexte plus large, en tant que deuxième article du Symbole de la foi, donnant ainsi naissance, aussi pour des exigences liées au baptême, aux Symboles trinitaires que nous connaissons aujourd’hui.

 

Ce processus fait partie de ce que Newman appelle « le développement de la doctrine chrétienne » ; il est un enrichissement et non un éloignement de la foi des origines. Et c’est à nous aujourd’hui – d’abord aux évêques, aux prédicateurs, aux catéchistes – de faire ressortir le caractère « à part » du kérygme comme étant le moment germinatif de la foi. Dans une œuvre lyrique, pour reprendre l’image musicale, il y a le « récitatif » et le « chanté », et dans le chanté il y a les « aigus » qui secouent l’auditoire et provoquent des émotions fortes, parfois même des frissons. Nous savons maintenant quel est l’aigu de chaque catéchèse.

 

Notre situation est à nouveau la même que celle du temps apôtres. Ces derniers avaient devant eux un monde préchrétien à évangéliser ; nous, on a devant nous, au moins pour certains côtés et dans certains milieux, un monde postchrétien à évangéliser de nouveau. Nous devons revenir à leur méthode, ramener au jour « le glaive de l’Esprit » qui est l’annonce, en Esprit et puissance, du Christ livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification (cf. Rm 4,25).

 

Mais le kérygme n’est pas seulement l’annonce de faits ou de vérités de foi bien précis : c’est aussi un certain climat spirituel que l’on peut créer, quoi qu’on est en train de dire, un horizon qui est derrière tout. C’est à l’annonceur, par sa foi, de permettre à l’Esprit Saint de créer cette atmosphère.

 

Quel est alors le sens du Catéchisme de l’Eglise Catholique ? Le même que, dans l’Eglise apostolique, celui de la didachè: former la foi, lui donner du contenu, montrer ses exigences éthiques et concrètes, amener la foi à être « agissante par la charité » (cf. Gal 5,6). Un paragraphe du Catéchisme met bien cela en évidence. Après avoir rappelé le principe thomiste selon lequel « la foi ne s’arrête pas aux formulations mais aux réalités », celui-ci ajoute :

 

« Cependant, ces réalités, nous les approchons à l’aide des formulations de la foi. Celles-ci permettent d’exprimer et de transmettre la foi, de la célébrer en communauté, de l’assimiler et d’en vivre de plus en plus »[3].

 

De là l’importance de l’adjectif « catholique » dans le titre du livre. La force de certaines Eglises non catholiques est de tout miser sur le moment initial, quand on découvre la foi, on adhère au kérygme et on accepte Jésus comme Seigneur -, ce qu’on appelle « renaissance », ou « seconde conversion ». Tout cela peut devenir une limite si l’on s’y arrête et si tout continue à tourner autour de ce point de départ.

 

Nous, catholiques, nous avons à apprendre quelque chose de ces Eglises, mais nous avons aussi beaucoup à donner. Dans l’Église catholique, tout ceci est le début, et non pas la fin de la vie chrétienne. Après cette décision, s’ouvre un chemin de croissance et de progrès dans la vie spirituelle. Et l’Eglise catholique, par sa richesse sacramentelle, par le magistère et l’exemple de tant de saints, se trouve dans une situation privilégiée pour conduire les croyants à la perfection de la vie chrétienne. Dans sa lettre « Porta fidei », le pape écrit ceci:

 

« De la Sainte Ecriture aux Pères de l’Église, des Maîtres de théologie aux Saints qui ont traversé les siècles, le Catéchisme offre une mémoire permanente des nombreuses façons dans lesquelles l’Eglise a médité sur la foi et produit un progrès dans la doctrine pour donner certitude aux croyants dans leur vie de foi ».

zeslanie 

3. L’onction de la foi

J’ai dit du kérygme qu’il est le « aigu » de la catéchèse. Mais pour produire cet aigu, il ne suffit pas de hausser la voix d’un ton, il faut autre chose. « Nul ne peut dire : ‘Jésus est le Seigneur!’ [C’est l’aigu par excellence!] sans l’action de l’Esprit Saint » (1 Co 12,3). Ce que St. Jean dit, dans sa Première Lettre, à propos de l’onction nous est particulièrement utile à cet égard. Il écrit:

 

« Quant à vous, celui qui est saint vous a consacrés par l'onction, et ainsi vous avez tous la connaissance, […] l'onction par laquelle il vous a consacrés demeure en vous, et vous n'avez pas besoin qu'on vous instruise. Vous êtes instruits de tout par cette onction, qui est vérité et non pas mensonge : suivant ce qu'elle vous a enseigné, vous demeurez en lui » (1 Jn 2, 20.27).

 

L’Esprit Saint est l’auteur de cette onction, comme le suggère le fait qu’ailleurs la fonction d’« enseigner chaque chose » est attribuée au Paraclet comme « Esprit de vérité » (Jn 14, 26). Il s’agit, comme l’écrivent plusieurs Pères, d’une « onction de la foi » : « L’onction qui vient du Saint, écrit Clément d’Alexandrie, se réalise dans la foi ». « L’onction est la foi en Jésus-Christ », dit un autre auteur de la même école[4].

 

Dans son commentaire, Augustin pose à ce propos une question à l’évangéliste. Pourquoi, dit-il, as-tu écrit ta lettre, si ceux à qui tu t’adresses ont reçu l’onction qui enseigne toute chose et n’ont pas besoin qu’on les instruise? A quoi bon parler et instruire les fidèles ? Et voici sa réponse, fondée sur le thème du Maître intérieur :

 

« Le son de nos paroles frappe vos oreilles, mais le vrai Maître est au-dedans. […] J’ai parlé à tous; mais ceux à qui cette onction ne parle pas au-dedans, ceux que l’Esprit Saint n’instruit pas au-dedans, s’en vont sans avoir rien appris […]. Il est donc à l’intérieur, le Maître qui enseigne ; c’est le Christ qui enseigne ; c’est son inspiration qui enseigne »[5].

 

Une instruction de l’extérieur est donc nécessaire, il faut des maîtres; mais leurs voix ne pénètreront les cœurs que si l’instruction intérieure de l’Esprit Saint vient s’ajouter à elles. « Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l'Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » (Ac 5, 32). Par ces paroles, prononcées devant le sanhédrin, l’apôtre Pierre affirme la nécessité d’un témoignage intérieur de l’Esprit, mais indique aussi quelle est la condition pour le recevoir : la disponibilité à obéir, à se soumettre à la Parole.

 

C’est l’onction de l’Esprit qui fait passer des énoncés de la foi à leur réalité. C’est un thème cher à St. Jean que celui d’un « croire » qui est aussi « connaître »: « Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1 Jn 4,16). « Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 69). « Connaître », dans ce cas, comme pour l’ensemble des Ecritures en général, n’a pas le sens que nous lui donnons aujourd’hui, c’est-à-dire avoir l’idée ou le concept d’une chose. Cela signifie faire une expérience, entrer en relation avec la chose ou avec la personne. L’affirmation de la Vierge: « Je ne connais pas d’homme », ne voulait certes pas dire j’ignore ce qu’est un homme...

 

Un exemple évident d’onction de la foi est le « Mémorial » de Blaise Pascal, cette expérience faite par lui dans la nuit du 23 novembre 1654, fixée par de courtes exclamations, qu’on a retrouvé après sa mort, à l’intérieur de sa veste:

 

« Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus Christ […]. Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l'Evangile. […] Joie, joie. Joie, larmes de joie. […] Ceci est la vie éternelle, qu'ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ »[6].

 

En général on expérimente une onction de foi quand sur une Parole de Dieu ou une affirmation de foi, tombe la lumière de l’Esprit Saint, un moment qui s’accompagne aussi d’habitude d’une forte émotion. Une fois, à l’occasion de la fête du Christ Roi, j’écoutais dans la première lecture de la Messe la prophétie de Daniel sur le Fils de l’homme:

 

« Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d'homme ; il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui; Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (Dn 7,13-14).

 

Le Nouveau Testament, on le sait, a vu se réaliser la prophétie de Daniel en Jésus; lui-même devant le sanhédrin l’a fait sienne (cf. Mt 26, 64); une phrase de la prophétie est entrée dans le Credo : « et son règne n'aura pas de fin » (« cuius regnum non erit finis »). Je connaissais tout cela, pour l’avoir étudié, mais là c’était autre chose. C’était comme si la scène se déroulait sous mes yeux. Oui, ce fils de l’homme qui avançait était Jésus en personne. Tous les doutes et toutes les explications alternatives des savants, que je connaissais bien aussi, me semblaient, à ce moment-là, de simples prétextes pour ne pas croire. Je vivais, sans le savoir, une onction de la foi.

 

Une autre fois (je crois avoir déjà mentionnée cette expérience autrefois, mais elle aide a comprendre l’idée), j’étais en train d’assister à la messe de minuit de Jean-Paul II à Saint-Pierre. Le moment arriva de chanter la Calende, c’est-à-dire la proclamation solennelle de la naissance du Sauveur, présente dans l’ancien Martyrologe et réintroduite dans la liturgie de Noël après Vatican II:

 

« Beaucoup de siècles après la création du monde …

Treize siècles après la sortie d’Egypte …

A la cent quatre-vingt-quinzième Olympiade,

En l’an 752 de la fondation de Rome …

Dans la quarante-deuxième année de l’empire de César Auguste,

Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, ayant été conçu du Saint Esprit, et neuf mois s’étant écoulés depuis sa conception, est né à Bethléem de Juda, fait homme de la Vierge Marie ».

 

A ces dernières paroles, une soudaine clarté se fit en moi et je disait à moi-même: « C’est vrai! Tout ce que l’on chante est vrai! Ce ne sont pas que des mots. L’éternel est donc entré dans le temps. Le dernier événement de la série a fait éclater la série; il a créé un « avant » et un « après » irréversibles; le temps qui, avant, se calculait en fonction des divers évènements (telle olympiade, règne d’untel), se calcule maintenant par rapport à un seul événement : avant lui, et après lui. Une émotion subite s’empara de ma personne, et tout ce que j’arrivais à dire c’était: « Merci, très sainte Trinité, et merci aussi à toi, sainte Mère de Dieu !

 

 » L’onction de l’Esprit Saint produit un autre effet, pour ainsi dire, « collatéral » chez l’annonciateur: elle lui fait éprouver la joie de proclamer Jésus et son Evangile. Elle transforme l’obligation et le devoir de l’évangélisation en un honneur et un motif de fierté. C’est la joie que connaît bien le messager qui porte à une ville assiégée l’annonce que son siège a été levé, ou le héraut qui dans l’Antiquité arrivait à la ville pour annoncer qu’une victoire décisive avait été remporter par son armée. L’« heureuse nouvelle », procure d’abord du bonheur à celui qui la porte avant même de la procurer à celui qui la reçoit.

 

La vision d’Ézéchiel et du rouleau mangé s’est réalisée une fois dans l’histoire au sens littéral aussi et non seulement métaphorique. C’est au moment où le rouleau de la parole de Dieu s’est concentré en une seule Parole, le Verbe. Le Père l’a offert à Marie ; Marie l’a accueilli, en a rempli aussi physiquement ses entrailles, puis elle l’a donné au monde. Marie est le modèle de tout évangélisateur, de tout catéchiste. Elle nous enseigne à nous remplir de Jésus pour le donner aux autres. Marie a conçu Jésus « du Saint Esprit » et il doit en être ainsi de chaque annonciateur.

 

Le Saint-Père conclut sa lettre pour l’Année de la foi par un renvoi à la Vierge : « Confions à la Mère de Dieu, proclamée « bienheureuse parce qu’elle a cru » (Lc 1, 45), ce temps de grâce »[7].

Demandons-lui de nous obtenir la grâce de faire l’expérience, en cette année, de tant de moments d’onction de foi : « Virgo fidelis, ora pro nobis », Vierge croyante, prie pour nous. (Prochaine prédication de l'Avent, vendredi prochain, 14 décembre 2012)

 

*** Notes: [1] Benoît XVI, Lettre apostolique « Porta fidei », n.11 [2] Saint Thomas d’Aquin, Summa theologiae, II-II, 1, 2, ad 2; cit. in CEC, n.170. [3] CEC, n. 170 [4] Clément d’Alexandrie, Adumbrationes in 1 Johannis (PG 9, 737B); Homélies pascales (SCh 36, p.40): textes cités par I. de la Potterie, L’onction du chrétien par la foi, dans Biblica 40, 1959, 12-69. [5] Saint Augustin, Commentaire de la Première Epître de saint Jean 3,13 (PL 35, 2004 s). [6] B. Pascal, Mémorial, éd. Brunschvicg.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 21:42

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Veuillez !!!

 

L'Avent et "l'onction de foi", témoignage Anita Bourdin ROME, vendredi 7 décembre 2012 (Zenit.org) –

« L’onction de l’Esprit Saint produit un autre effet, pour ainsi dire, « collatéral » chez l’annonciateur: elle lui fait éprouver la joie de proclamer Jésus et son Evangile », explique le prédicateur de la Maison pontificale, le P. Raniero Cantalamessa qui a tenu sa première prédication de l’Avent, ce vendredi matin, au Vatican en présence de Benoît XVI et de la curie romaine (cf. « Documents » pour le texte intégral).

Il s’agit aussi d’un témoignage personnel de moments « d’onction de foi » vécue par le capucin le plus connu de la télévision italienne.

Dans la troisième partie de cette prédication, le P. Cantalamessa affirme le lien entre l’Esprit Saint, l’évangélisation et la joie chrétienne: « L’onction de l’Esprit Saint produit un autre effet, pour ainsi dire, « collatéral » chez l’annonciateur: elle lui fait éprouver la joie de proclamer Jésus et son Evangile. Elle transforme l’obligation et le devoir de l’évangélisation en un honneur et un motif de fierté. C’est la joie que connaît bien le messager qui porte à une ville assiégée l’annonce que son siège a été levé, ou le héraut qui dans l’Antiquité arrivait à la ville pour annoncer qu’une victoire décisive avait été remporter par son armée.

L’« heureuse nouvelle », procure d’abord du bonheur à celui qui la porte avant même de la procurer à celui qui la reçoit. » Il donne comme exemple de joie qui accompagne ce qu’il appelle « l’onction de foi » cet épisode du « Mémorial » de Blaise Pascal : « Un exemple évident d’onction de la foi est le « Mémorial » de Blaise Pascal, cette expérience faite par lui dans la nuit du 23 novembre 1654, fixée par de courtes exclamations, qu’on a retrouvé après sa mort, à l’intérieur de sa veste: « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus Christ […]. Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l'Evangile. […] Joie, joie. Joie, larmes de joie. […] Ceci est la vie éternelle, qu'ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ».

» « En général, a-t-il expliqué, on expérimente une onction de foi quand sur une Parole de Dieu ou une affirmation de foi, tombe la lumière de l’Esprit Saint, un moment qui s’accompagne aussi d’habitude d’une forte émotion.

Une fois, à l’occasion de la fête du Christ Roi, j’écoutais dans la première lecture de la Messe la prophétie de Daniel sur le Fils de l’homme:« Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d'homme ; il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui; Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (Dn 7,13-14).

» Il explique : « Le Nouveau Testament, on le sait, a vu se réaliser la prophétie de Daniel en Jésus; lui-même devant le sanhédrin l’a fait sienne (cf. Mt 26, 64); une phrase de la prophétie est entrée dans le Credo : « et son règne n'aura pas de fin » (« cuius regnum non erit finis »).

Je connaissais tout cela, pour l’avoir étudié, mais là c’était autre chose. C’était comme si la scène se déroulait sous mes yeux. Oui, ce fils de l’homme qui avançait était Jésus en personne. Tous les doutes et toutes les explications alternatives des savants, que je connaissais bien aussi, me semblaient, à ce moment-là, de simples prétextes pour ne pas croire. Je vivais, sans le savoir, une onction de la foi. »

Il cite cette autre expérience personnelle : « Une autre fois (je crois avoir déjà mentionnée cette expérience autrefois, mais elle aide a comprendre l’idée), j’étais en train d’assister à la messe de minuit de Jean-Paul II à Saint-Pierre. Le moment arriva de chanter la Calende, c’est-à-dire la proclamation solennelle de la naissance du Sauveur, présente dans l’ancien Martyrologe et réintroduite dans la liturgie de Noël après Vatican II: « Beaucoup de siècles après la création du monde … Treize siècles après la sortie d’Egypte … A la cent quatre-vingt-quinzième Olympiade, En l’an 752 de la fondation de Rome … Dans la quarante-deuxième année de l’empire de César Auguste, Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, ayant été conçu du Saint Esprit, et neuf mois s’étant écoulés depuis sa conception, est né à Bethléem de Juda, fait homme de la Vierge Marie ».

 » Et voilà l’événement spirituel : « A ces dernières paroles, une soudaine clarté se fit en moi et je disait à moi-même: « C’est vrai! Tout ce que l’on chante est vrai! Ce ne sont pas que des mots. L’éternel est donc entré dans le temps. Le dernier événement de la série a fait éclater la série; il a créé un « avant » et un « après » irréversibles; le temps qui, avant, se calculait en fonction des divers évènements (telle olympiade, règne d’untel), se calcule maintenant par rapport à un seul événement : avant lui, et après lui. Une émotion subite s’empara de ma personne, et tout ce que j’arrivais à dire c’était: « Merci, très sainte Trinité, et merci aussi à toi, sainte Mère de Dieu ! ». »

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 21:24

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«Suivons l’exemple de la Mère de Dieu, afin qu’en nous aussi la grâce du Seigneur trouve une réponse dans une foi authentique et féconde », exhorte Benoît XVI en français, à l’occasion de l’angélus du 8 décembre 2012.

A l’occasion de la fête de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, le pape Benoît XVI a en effet présidé la prière de l’angélus depuis la fenêtre de son bureau, place Saint-Pierre.

Allocution de Benoît XVI en italien avant l’angélus, samedi 8 décembre :

 

Chers frères et soeurs,

 

Bonne fête de Marie Immaculée à tous !

En cette Année de la foi, je voudrais souligner que Marie est l’Immaculée, par un don gratuit de la grâce de Dieu, mais qui a trouvé en Elle une disponibilité et une collaboration parfaites. En ce sens, elle est « bienheureuse » parce qu’elle « a cru » (Lc 1,45), parce qu’elle a eu une foi en Dieu solide. Marie représente ce « reste d’Israël », cette racine sainte que les prophètes ont annoncée. En elle, les promesses de l’ancienne Alliance trouvent un accueil.

En Marie, la parole de Dieu trouve une écoute, une réception, une réponse, trouve ce « oui » qui lui permet de prendre chair et de venir habiter parmi nous.

En Marie, l’humanité, l’histoire, s’ouvrent réellement à Dieu, elles accueillent sa grâce, sont disposées à faire sa volonté. Marie est l’expression authentique de la Grâce. Elle représente le Nouvel Israël que les Ecritures de l’Ancien Testament décrivent par le symbole de l’Epouse.

Et saint Paul reprend ce langage dans la Lettre aux Ephésiens quand il parle du mariage et qu’il dit que « le Christ a aimé l’Eglise et s’est donné lui-même pour elle pour la rendre sainte, en la purifiant par le bain de l’eau, par sa parole et pour se présenter à lui-même l’Eglise glorieuse, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée» (Ep 5,25-27).

Les Pères de l’Eglise ont développé cette image et ainsi la doctrine de l’Immaculée est née tout d’abord en référence à l’Eglise vierge-mère, et ensuite à Marie.

C’est ainsi qu’Ephrem le Syrien écrit poétiquement : « De même que les corps ont péché et meurent, et que la terre, leur mère est maudite (cf. Gn 3,17-19), de même, à cause de ce corps qui est l’Eglise incorruptible, sa terre est bénie depuis le début. Cette terre est le corps de Marie, temple dans lequel un germe a été déposé » (Diatessaron 4, 15: SC 121, 102).

La lumière qui émane de la figure de Marie nous aide aussi à comprendre le vrai sens du péché originel. En Marie, en effet, cette relation avec Dieu que le péché brise est pleinement vivante et agissante. En elle, il n’y a aucune opposition entre Dieu et son être : il y a pleine communion et pleine entente. Il y a un « oui » réciproque de Dieu à elle et d’elle à Dieu.

Marie est libre du péché parce qu’elle est toute de Dieu, totalement exproprié par Lui. Elle est pleine de sa Grâce, de son Amour. En conclusion, la doctrine de l’Immaculée Conception de Marie exprime la certitude de foi que les promesses de Dieu se sont réalisées : que son Alliance en faillit pas mais qu’elle a produit une racine sainte, d’où a germé le Fruit béni de tout l’univers, Jésus, le Sauveur.

L’Immaculée démontre que la Grâce est capable de susciter une réponse, que la fidélité de Dieu sait engendrer une foi vraie et bonne. Chers amis, cet après midi, comme c’est la tradition, je me rendrai Place d’Espagne, pour l’hommage à Marie Immaculée. Suivons l’exemple de la Mère de Dieu, afin qu’en nous aussi la grâce du Seigneur trouve une réponse dans une foi authentique et féconde.

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  • : Congrégation vouée au service des malades,fondée en Pologne en 1881.Diffuse en permanence L'apostolat dans différents pays.
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