Quarante ans après la guerre, son bourreau veut la voir. Maïti Girtanner vient de livrer son témoignage dans un livre intitulé « Même les bourreaux ont une âme » publié aux éditions CLD. Nous vous proposons de découvrir cette vie marquée par des pardons exceptionnels.
« Je ne veux pas faire de ma vie une tragédie. »
Pourtant Maïti a pensé au suicide pendant des années. Mais une présence l’habitait. Celle du Dieu de sa jeunesse qui lui a donné de traverser l’horreur et de pouvoir relire sa vie à la lumière d’une autre Passion, celle du Christ.
Nous l’imaginons bien sur sa bicyclette, pédalant dans la campagne, sous le nez des Allemands, portant à l’un des nouvelles, à l’autre des armes … Le nez en l’air, fière et altière, jeune et belle, un rien insouciante et animée d’un très grand désir de vie. Les Allemands sont là, à la limite de la Vienne, de l’autre côté c’est la zone libre. Nous sommes en juin 1940, le Vieux Logis, la vieille maison familiale de Maïti est réquisitionnée.
Maïti a perdu son père à l’âge de 3 ans, elle grandit auprès de son grand-père, musicien, compositeur et professeur au Conservatoire de Paris. Il découvre en elle de réelles dispositions pour le piano. A 12 ans, elle interprète son premier vrai grand concert ; une carrière des plus prometteuses s’ouvre devant elle. Depuis cette époque, elle demandait au Seigneur : « Si c’était là qu’Il voulait que je parle de Lui en jouant du piano … et je me laissais porter par la musique. » L’enfant a déjà une relation d’intimité et de confiance avec le Seigneur.
« J’avais compris que la Vérité était une Personne, Jésus Christ. Et cela me brûlait de transmettre et de proclamer cette vérité. »
Mais, à 18 ans les Allemands sont chez elle, et Maïti non seulement entre en Résistance, mais fonde son propre réseau : « J’ai créé un petit groupe de résistants, presque tous étudiants, donc parfaitement insoupçonnables… » : traversées de la Vienne en barque pour aider des clandestins à passer en zone libre, récupérer des cartes d’état major de la région de Dunkerque, pour Londres où s’organise le débarquement, des kilomètres à bicyclette pour passer des informations, falsifier des papiers … tous les risques et toujours avec une « peur au ventre. »
Elle aime à se dire « petite fourmi de la Résistance », parmi tant d’autres avec elle.
Enfin, Maïti est réquisitionnée pour jouer du piano lors d’une soirée organisée par le chef de la Gestapo de Paris. A la fin du concert, elle « marchande » : son salaire contre la libération de deux ou trois de ses camarades. Six ou sept fois, Maïti a l’audace de formuler cette demande et d’obtenir la libération de ses amis « insoupçonnables, arrêtés par erreur ».
Fin 1943, elle-même est arrêtée.
Le même chef de la Gestapo croit à une erreur ; mais le voile se déchire, et il découvre qui est la petite pianiste ! «Orgueil blessé à mort d’avoir été berné par une gamine, d’où une punition exemplaire : transfert dans un lieu secret de représailles (…) où les médecins-bourreaux s’acharneront à faire le plus de dégâts possible … Ce fût la découverte, à 21 ans, de l’horreur de la souffrance infligée par des médecins qui savaient ce qu’ils faisaient. »
Laissée pour morte, elle est sauvée par la Croix Rouge.
Elle reste 8 ans hospitalisée, ne peut plus jouer du piano, et vit dans un état de souffrance jour et nuit.
Mais à 75 ans, Maïti témoigne par sa vie « que le mal n’est pas vainqueur. » Quarante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, son bourreau, un médecin nazi, débarquait à Paris. Il voulait la voir.
Ce sont les convictions chrétiennes de Maïti qui l’ont poussée à pardonner à cet homme dont les sévices l’ont pourtant handicapée à vie, lui interdisant à jamais de reprendre le piano.
Voici trois points de son parcours pour nous aider à entrer dans le témoignage exceptionnel d’une âme qui va jusqu’au bout d’elle-même.
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