Congrégation vouée au service des malades,fondée en Pologne en 1881.Diffuse en permanence L'apostolat dans différents pays.
Par Soeurs Franciscaines de N Dame des Douleurs

Je crois que j’ai un peu découvert cela en vivant à l’Arche. Nous avions accueilli Eric qui avait vécu douze ans dans un hôpital psychiatrique. Il était aveugle et sourd. Il ne pouvait pas marcher et ne pouvait pas manger seul. Il vivait avec une angoisse immense au-dedans de lui, et un grand désir de mourir. Il vomissait tout ce qu’il mangeait. Il n’était qu’angoisse et douleur. Notre mission à l’Arche était de l’aider à passer de l’envie de mourir à l’envie de vivre, d’un sentiment de n’être bon à rien à un sentiment d’avoir de la valeur et de l’importance, d’un sentiment de culpabilité à un sentiment de confiance. On ne peut faire cela qu’à travers le pouvoir transformateur de l’amour; l’amour qui nous révèle que nous sommes beaux; l’amour qui comprend notre souffrance et nos besoins, l’amour qui fait la fête; l’amour qui investit de puissance et nous appelle à être et à être nous-mêmes; et un amour qui pardonne.
Mais comment pouvions-nous révéler cela à Eric ? Il était aveugle et sourd. Nous n’avions que nos mains pour communiquer; ces mains incroyables que Jésus nous a données, les mains qui donnent la sécurité, la paix, qui manifestent l’amour, mais aussi des mains qui peuvent blesser, prendre, abuser. J’avais le privilège de donner son bain chaque matin à Eric, de tenir son petit corps nu dans mes bras. A travers nos mains (pas seulement les miennes mais celles de toute notre communauté), nous lui avons fait comprendre qu’il était beau. Il faut toucher les gens avec un profond respect, avec tendresse. Nos mains, et pas seulement nos voix, peuvent transmettre l’amour de Jésus. Le Verbe s’est fait chair pour que notre chair devienne parole. Notre chair, par la puissance de l’Esprit Saint, peut révéler leur valeur aux personnes, peut leur révéler qu’elle sont chéries et aimées de Dieu.
Quand il s’agenouille devant les pieds de ses disciples Jésus sait que le lendemain il sera mort. Mais il veut avoir un moment avec chaque disciple. Pas seulement pour dire au revoir. Il veut les toucher, toucher leurs pieds, toucher leurs corps, les toucher avec tendresse et amour. Il dit peut-être une parole à chacun, il les regarde dans les yeux. Il y a un moment de communion.
Le lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie sont intimement liés. Nous sommes appelés à manger le Corps du Christ pour pouvoir nous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un moment particulier de Jésus avec ses disciples : Jésus a dû toucher ces corps avec un immense respect, avec amour et tendresse. Il leur révélait, d’une façon spéciale, son amour pour eux. Mais il leur révélait aussi que chacun d’eux était beau, choisi, et aimé, pour continuer cette mission, qui est sa mission, d’annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, la liberté aux prisonniers, pour redonner la vue aux aveugles, la liberté aux opprimés, et pour annoncer une année de grâce et de pardon.
Lorsque Jésus lave les pieds de ses disciples, il lave les pieds pour montrer que c’est leurs cœurs qu’il veut purifier. Jésus ne juge pas, il ne condamne pas; il purifie. Il veut seulement que nous soyons un peuple de la résurrection - des personnes debout qui croient au don de Jésus pour pouvoir apporter ce don à notre monde brisé. Jan Vanier
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